J’adore lire les lettres des artistes, peintres comme écrivains. D’ailleurs, en ce moment, je suis en train de dévorer un recueil des lettres écrites par Virginia Woolf. (Pas de souci, j’en parlerai sur Clochemerle, une fois le livre terminé et les citations choisies -et ça va prendre du temps: j’ai corné une page sur deux, alors pour choisir parmi tous ces passages jouissifs, ça va être dur…- Bref, bref.) La raison pour laquelle j’aime tant cela, c’est que c’est une ouverture sur la personnalité vraie de ces personnes, ainsi qu’un témoignage inestimable sur leurs appréhensions de la vie, leur vie quotidienne, et parfois leurs recherches artistiques et leurs difficultés pour se faire connaître. La vision qu’on en retire d’un artiste et de son travail en est d’autant plus riche.
Vous ne pouvez pas imaginer ma joie lorsque j’appris, il y a quelques mois, que les lettres de Van Gogh avaient toutes été numérisées par le musée Van Gogh d’Amsterdam! Enfin vraiment voir son écriture, ses esquisses, mais aussi plus de petits mots de lui à son frère ou à d’autres interlocuteurs! J’avais déjà lu ses Lettres à Théo, un recueil fascinant des lettres écrites à son frère Théo. Mais c’était un recueil, donc une sélection de lettres. De plus, on ne voyait presque pas d’esquisses… Je restais alors un peu sur ma faim.
Ca vous attire? Vous savez lire le flamand ou l’anglais? Foncez, c’est par là: Van Gogh Letters ! Alors, heureux?
Pour les francophones pur jus, certaines de ses lettres écrites en France sont bien en français, mais elles ne concernent qu’une portion de ses courriers. Je vous conseille vraiment les Lettres à Théo et surtout, ne lâchez pas prise durant les premières pages: il voulait être curé et n’a changé d’avis qu’assez tardivement. Du coup, les premières pages sont couvertes de longues palabres religieuses, ce qui n’est pas au goût de tout le monde… Tenez bon, vous ne le regretterez pas!
Ce bâtiment ne vous dit rien? Il se dresse pourtant à un jet de pierre des Champs Elysées, face au Grand Palais. C’est d’ailleurs en allant visiter l’expo sur Renoir que je l’ai remarqué, un peu caché derrière les arbres, avec son fronton immaculé si ce ne sont les lettres dorées de « Panorama ».
Panorama? C’est un édifice rond, pas bien haut, sans ouverture. Que voulait-on dire par là? On ne peut pas voir grand chose de là dedans!
Aujourd’hui, il accueille le très dynamique Théâtre du Rond-Point, et ce depuis 1981. Avant cela? C’était une patinoire, ou plutôt un « palais des glaces » comme on disait alors en 1894 à son ouverture. Ca avait bien marché au début mais pendant les années 60, y avait plus grand monde qui le fréquentait. Aller danser sur la glace, boire un chocolat chaud à côté avec ses amis en écoutant de la musique, tout ça c’était passé de mode. Alors un jour du début des années 80, on l’a évidée et réarrangée pour en faire le théâtre qu’on connaît.

Et avant cela encore? C’était bien un panorama, et ce dès sa construction en 1838 par Hittorf (qui s’occupait de l’aménagement de toute la zone autour des Champs Elysées, réverbères compris). Il a été détruit en 1856, après l’exposition universelle de 1855 pour créer une allée reliant le Palais de l’Industrie au cours la Reine. Il a alors été reconstruit par Davioud en 1860 un peu plus loin, à l’angle de l’avenue d’Antin.
Donc de 1838 à 1894, c’était un panorama excepté lors de l’exposition universelle mentionnée plus tôt: c’était alors une salle d’exposition où étaient présentés les productions des manufactures de Sèvres et des Gobelins ainsi que les joyaux de la couronne de France. Bref, vous vous en doutez, ce lieu n’était pas un panorama dans le sens où on l’entend aujourd’hui.
Mais ça, on en recausera bientôt! Un indice? Rappelez-vous ces paysages à manivelle et puis aussi les Camera Oscura…

La première – le n° 8 du catalogue – était plus une curiosité qu’une oeuvre d’art. C’était un paysage à manivelle, qui sans doute avait été peint en vue de servir de toile de fond à un théâtre de marionnettes. Il se présentait comme un châssis de bois rectangulaire, d’environ soixante-cinq centimètres sur quarante, muni de chaque côté de tambours sur lesquels s’enroulait la toile peinte.
D’abord on se trouvait sur le bord d’un canal bordé de peupliers, on longeait une écluse, des péniches chargées de gravillon, des files de pêcheurs, puis l’on s’enfonçait dans une forêt plantée d’arbres sombres au milieu desquels on découvrait une cabane en rondins, puis l’on débouchait sur un chemin qui, petit à petit, se transformait en une rue de grande ville, avec des immeubles de plusieurs étages et des magasins de faïence et de carrelages ; puis les maisons s’espaçaient, le ciel s’éclaircissait, et la rue devenait une petite route dans un pays chaud, non loin d’une oasis où un Arabe coiffé d’un grand chapeau de paille trottinait sur son âne et d’un fortin où un détachement de spahis présentait les armes ; puis c’était la mer, et au terme d’une courte traversée, on arrivait sur un grand port, on suivait des quais noyés de brume avant de se retrouver dans un café triste et froid.
George Perec. Un cabinet d’amateur
C’est joli, cette description, non? Eh ben, réjouissez-vous: ça existe! D’ailleurs, l’image qui illustre cette bulle est tirée d’un des rares « paysages à manivelle » encore existants. Il représente, en 49 scènes, peintes sur les deux côtés de la toile, la Vie Héroïque et [la] Carrière de Garibaldi.
Vous avez de la chance, il a été numérisé en haute résolution en 2007! On peut donc le voir par là pour la 1ère section et par ici pour la 2ème section. Vous allez vous en mettre plein les mirettes…





