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Date { Dimanche 1 février 2009 }
Inventaire { La vie + Le corps }
Mots-clés{ + }

Hop, vous êtes prêts ? Vous avez tout, courage, aspirines et un peu d’intérêt pour la chose ? Oui ? Allez, on y va !

Vertus

Si toutes les époques affirmèrent que la pudeur était naturelle, chacune en avait une conception différente. Jusqu’à l’époque classique, on se base sur la conception chrétienne de la vertu, c’est-à-dire que l’on réprouve ce qui était réprouvé par la Bible et les textes religieux. Cependant, en remplaçant la loi dite divine par la loi humaine avec le Code civil notamment, le XIXème siècle est revenu à une conception de la vertu, de la pudeur et de la morale extrême. Ainsi, l’attentat à la pudeur des femmes de 1791 et l’attentat à la pudeur de 1810 donnent une définition légale de ce qui est devenu un délit à l’époque : l’attentat à la pudeur est désormais lié à l’exhibition de la chair sans exceptions. Donner le sein sur la voie publique est un délit, quel que soit le rang ou le genre de l’individu qui s’y adonne1. Il était mal vu qu’un mondain ne laisse dépasser un morceau de chair, que ce soit de la gorge, du bras ou de la cheville. C’est pourquoi, si la représentation de femmes nues était abondante dans les Salons, le portrait de Berthe Morisot au soulier rose2 a fait des gorges chaudes : elle était connue, issue d’une bonne famille et, par-dessus tout, c’était la belle-sœur du peintre.

Cependant, cette rigueur sociale ne s’appliquait législativement qu’en public.3 Tout ce qui se passe entre adultes consentants dans des lieux privés n’est pas poursuivi4. Ensuite, la nudité se définit prioritairement par la chair et non pas par sa représentation. Ceci permettait aux artistes de continuer à prendre des modèles pour leurs œuvres sans être poursuivis pour outrage à la pudeur. Le tableau de Courbet intitulé « L’Atelier du peintre » en est un témoignage.

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L’Atelier du peintre
Peint par Gustave Courbet en 1855
Actuellement au musée d’Orsay

Si on peut rencontrer nombre de nus dans l’art depuis ses origines, ces nus servaient toujours de prétextes à la représentation d’un mythe par la perfection corporelle. On notera dans la seconde moitié du XIXème siècle une évolution : le nu devient essentiellement féminin et plus frivole, afin de satisfaire les amateurs bourgeois plus friands de belles anatomies que de grand style. En ce sens, l’Olympia de Manet marque un tournant dans l’histoire du nu : la nudité y est représentée avec une certaine banalité plus proche de la vérité que de l’élégance. Après ce tableau, on pourra trouver nombre de scènes de toilette ou de bain qui donnent accès à l’intimité féminine, alors interdite au spectateur masculin. Le modèle vivant est plus représenté pour lui-même que pour servir le sens du tableau.

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Olympia
Peint par Edouard Manet en 1863
Au musée d’Orsay lui aussi

Cette plus grande liberté dans le nu artistique permet donc, après une longue évolution, le développement d’une industrie érotique puis pornographique, impossible à distinguer légalement de l’érotisme artistique. En effet, les premières photos érotiques vendues sous le manteau étaient initialement conçues pour l’étude anatomique des artistes. En outre, certains artistes recherchaient la polémique voire le scandale en contribuant à troubler cette limite entre art et érotisme. On peut évoquer les photographiques érotiques de Man Ray avec Kiki de Montparnasse5 et, dans une moindre mesure, l’Origine du Monde, de Gustave Courbet.

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L’Origine du Monde
Peint par Gustave Courbet en 1866
Au musée d’Orsay, club des peintures françaises du XIXe

L’explosion de ladite industrie pornographique6 conduisit à la réification du corps féminin, utilisé et manipulé par la jouissance masculine. Cette évolution était facilitée par la conception du rôle féminin considéré comme mineur dans la cellule familiale comme dans la société. Pourtant, ce fut lorsque les femmes acquirent des droits tant législatifs (vote) que sociaux (droit de travailler et abandon du corset) qu’elles furent plus médiatisées et que l’érotisation du corps féminin entra dans la publicité et dans les journaux. On peut supposer que les premières femmes à être ainsi utilisées furent Marlene Dietrich, Marilyn Monroe et Betty Page, pour créer du rêve en temps de guerre.

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Marlene Dietrich se préparant pour son récital
devant les troupes américaines en Allemagne, le 27 février 1945.
Photo prise par George Silk pour Life
Vu sur le charmant Divan Fumoir Bohémien.
  1. même les hommes ont pas le droit de donner le sein, ouaouh []
  2. voir l’article introductif pour la zolie image ! []
  3. ouf ! []
  4. d’où les nombreux bordels et le développement des clubs échangistes []
  5. Il y en a une montrant une fellation en gros plan, c’est vous dire… Mais ces photographies étaient faites pour un recueil de poèmes érotiques clandestin. []
  6. Y a qu’à aller dans un musée du sexe pour voir l’évolution de cette industrie. Celui de Paris est pas mal, mais je pense que le musée d’Amsterdam est mieux fait. []

Date { Samedi 31 janvier 2009 }
Inventaire { La Meya bulle! + Le corps }
Mots-clés{ }

Autant vous prévenir tout de suite, une série d’articles vient qui sera plutôt sérieuse car inspirée d’un dossier pour la fac. Bon, bien sûr, je ne pourrai pas m’empêcher d’ajouter par ci par là quelques commentaires !
Ce dossier (je devrais plutôt dire synthèse vu le peu de pages demandé!) porte sur l’évolution du regard sur le corps, l’évolution de la représentation du corps depuis le 19e siècle. J’ai dû éluder pas mal de choses, évoquer d’autres sans trop les détailler… Si y a besoin de plus d’explications, n’hésitez pas !
Dernière chose, les idées ici mentionnées sont les miennes. S’il y a des erreurs ou des oublis, pas la peine de chercher un autre fautif que moi et mon manque de temps (trop de boulot, trop de projets, trop de fatigue).

Bonne lecture !

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Berthe Morisot au soulier rose
Peint par Edouard Manet en 1872
Aujourd’hui au musée d’art d’Hiroshima

Une p’tite intro pour se mettre dans le bain…

Le corps et ses volumes a toujours été une préoccupation majeure en art, mais aussi dans la société. Cependant, son appréhension a été relativement1 stable du Moyen-Âge au XIXème siècle. Depuis, elle n’a eu de cesse de se modifier et de se transformer, jusqu’aux limites de l’éthique. Entre le scandale autour du soulier rose que laisse dépasser Berthe Morisot dans le portrait de Manet et les affiches publicitaires présentant la femme comme un objet sexuel, à peine plus d’un siècle s’est écoulé. L’on peut s’interroger sur les causes et les conséquences d’une telle évolution du regard par rapport au corps humain, et ce, tout spécialement aujourd’hui, à ce moment où les artistes vendent et achètent des corps humains pour leurs projets artistiques. Pour analyser ladite évolution, l’on étudiera l’évolution des vertus, puis l’influence de la guerre et de la paix, avant de s’intéresser aux rôles de la science pour terminer sur les problèmes éthiques et esthétiques que nous rencontrons aujourd’hui.2

On commence demain, puis ce sera tous les deux jours jusqu’à ce qu’on ait fini le supplice. Préparez vos aspirines !

  1. je dis bien relativement: rien ne reste figé ! []
  2. ouf ! Beau programme, on va dire! []

Date { Jeudi 15 janvier 2009 }
Inventaire { La ville }
Mots-clés{ + + }

Un peu d’esthétique selon Emmanuel Kant, ça vous dit ? On jouera après, promis ! Ce mec, philosophe du XVIIIe siècle, s’est beaucoup intéressé à la question métaphysique, certes, mais il s’est également penché sur le cas du Beau et de l’Art (avec de grandes majuscules siouplé). Vu le thème de ce blog, on va un peu regarder ce qu’est l’Art pour lui. Il a procédé par élimination, pour arriver à la conclusion que l’Art est distinct de la Nature, de la Science et du Métier. Ouch, on a déjà mal à la tête… On va y aller mollo.

Primo: L’Art distinct de la Nature

Ecoutons-le un peu: « L’art est distingué de la nature (…) en droit, on ne devrait appeler art que la production par la liberté, c’est-à-dire par un libre arbitre qui met la raison au fondement de ses actions ». » Mouais. Ca, tout le monde le sait que ce qu’on appelle un objet artistique n’est pas ‘naturel’, car né de l’esprit et des mains d’un monsieur ou d’une madame qui se sent l’âme créatrice. Manu précise que tout ce qui est créé sans réflexion proprement rationnelle n’est pas art. Ce qui exclut les créations animales, naturelles mais aussi des bébés, des jeunes enfants et quelque part, des fous. Peut-être que j’extrapole, mais c’est comme ça que je l’interprète…

Secundo: L’Art distinct de la Science.

Là, c’est un peu plus chaud: « ce que l’on peut (faire), dès qu’on sait seulement ce qui doit être fait, et que l’on connaît suffisamment l’effet recherché, ne s’appelle pas de l’art. Seul ce que l’on ne possède pas l’habileté de faire relève de l’art. » Bon. « Art » en latin voulait dire « travail, métier, technique »: Kantounet fait donc là une distorsion du terme originel. Mais pour lui, l’art n’est plus rattaché à un faire (et ce depuis la Renaissance: les artistes ne sont plus considérés comme des artisans sans originalité propre, mais comme des créateurs à part entière). Ceci veut dire que l’art est détaché d’un savoir bien défini, mais aussi d’attendus. On ne se dit pas « ouais je vais créer ça grâce au nombre d’or et ce sera forcément comme ça! », ce serait de la science et/ou de l’artisanat. Non, on fait appel à des concepts obscurs, à sa fantaisie et à son audace pour créer quelque chose dont on ne sait pas à l’avance tous les éléments.

Tertio enfin: L’Art distinct du Métier

Qu’est-ce que Manu veut dire par ça ? Le métier est considéré « comme un travail, c’est-à-dire comme une activité, qui est en elle-même désagréable (pénible) et qui n’est attirante que par son effet, par exemple le salaire. ». A l’opposé, Kantounet voit l’Art « comme s’il ne pouvait obtenir de la finalité et réussir qu’en tant que jeu, c’est-à-dire comme une activité en elle-même agréable. » Donc, est art tout ce qui n’est pas chiant à faire ; est art tout ce qui relève de la fantaisie, de la folie et des plaisirs de l’artiste (pour faire vite).

Mais comme s’il avait pas assez coupé les cheveux en quatre, notre mec dit: « Il n’est pas inutile de faire souvenir que dans tous les arts libéraux il faut qu’il y ait une certaine contrainte sans lequel l’esprit qui dans l’Art doit être libre et qui seul anime l’oeuvre, n’aurait aucun corps et s’évaporerait complètement » Grosso modo, on peut pas faire nawak et dire que c’est de l’art après. Pour lui, les WC de Duchamp seraient peut-être pas de l’art, comme y a pas vraiment de ‘discipline’, de ‘contrainte’ dans la création. Ces contraintes sont là pas pour faire chier le monde, mais pour empêcher que l’oeuvre ne soit que du pur jeu. Là, moi je suis pas d’accord, et je vais vous le prouver avec quelques données de notre nouvel observatoire du web!

Enfin des joujoux !

Les jeux vidéos font désormais partie de notre culture. Ainsi c’est de l’art (urbain) quand on voit des space invaders nichés sur les murs parisiens, lyonnais, marseillais, los angéliens, etc.

Idem quand les cubes de Tetris s’installent dans les rues de Sydney pour l’expo LiveLanes:

D’autres jeux, plus violents, sont également détournés par les artistes contemporains, tels que ce remake de Counter Strike à la maison, ou cette adaptation du même jeu selon Van Gogh:



Alors, est-ce de l’art ou est-ce du jeu, ce que vous venez de voir ?… A vous de le dire!


Date { Mardi 6 janvier 2009 }
Inventaire { La ville }
Mots-clés{ + + }

En petite Reine de Glace, du haut de ma tour gelée (c’est la saison, ça tombe bien)
J’observe l’écume déchaînée par les langues, par les passions, par les mains, par les pensées, par les corps, par les sites, par les blogs.
Parfois je n’ai guère de temps pour t’écrire un petit mot, cher journal, et encore moins une réflexion sur le monde dans lequel nous vivons.
Un petit observatoire du web naît donc ce jour pour te nourrir et emplir tes pages de courbes et contrecourbes noircies, parfois teintes de rose.
Bientôt s’y joindra un système de tags pour mieux te permettre d’aller d’une confidence à une autre.

Il n’y a rien de mieux qu’une résolution que l’on commence immédiatement, donc ci après, deux découvertes tombées au bout de mon clic:

A Sexy Lace Fence

lacedfence

Dans la même veine que la Tapeography, mais en plus doux et féminin, voici les clôtures en dentelle de métal, réalisées par le studio de design hollandais Demakersvan et repérées sur TrendsNow.

La forêt qui voyage

« prenez 100 arbres, mettez les dans des caddies et installez le tout dans un environnement urbain » : c’est ainsi que se résume le concept de la forêt qui voyage. Encore plus fort que les arbres dessinateurs, non ? Pour plus de détails, allez sur Neomansland.

Et oui, le titre est volontaire !

Date { Jeudi 1 janvier 2009 }
Inventaire { La Meya bulle! }
Mots-clés{ }

russe

Petite carte de voeux russe des années 50 vue sur Flickr

Date { Jeudi 25 décembre 2008 }
Inventaire { La Meya bulle! }
Mots-clés{ }

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Old kris, par N.C. Wyeth – novembre 1925

Cela se passe de commentaires…
(…mais si vous souhaitez en savoir plus sur Old Kris et que vous êtes anglophones,
allez voir par là !)

Donc, joyeux Noël à tous et à toutes, profitez bien des fêtes !
Je reviendrai avec d’autres fils rouges dans les jours à venir…


Date { Mercredi 24 décembre 2008 }
Inventaire { Le fil rouge }
Mots-clés{ }

…Rien de tel qu’un petit cacao pour se refaire une santé !
Cependant, même si vous pétez du feu de dieu, n’hésitez pas à en savourer un bien au chaud. Pourquoi s’en priver ? On peut le voir dans un bon paquet de peintures et d’illustrations depuis l’apparition du chocolat en Europe d’ailleurs…

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Boire le chocolat fut d’abord un acte social
On en savourait la texture dans des pièces chamarrées
Saluant les uns et conviant les autres à des bals
Le chocolat réunissait les nobles durant la journée
Chromolithographie du XIxème siècle représentant la White’s Chocolate House, à Londres vers 1708.

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Mais petit à petit, on apprit à apprécier sa saveur
Dans la plénitude d’une pièce confortable et silencieuse
La paix et le plaisir étaient enfin réunis par l’humeur
de ce liquide brun bu dans une atmosphère plus chaleureuse
A Lady pouring chocolate (Une dame versant du chocolat), par Jean-Etienne Liotard en 1744
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Au fil du temps, sa dégustation se fit plus courante
On lui donna tous les bénéfices, toutes les valeurs
On le servit d’abord chez les nobles à tout moment
Plaisir, remède, remontant, voire même en liqueur
La cioccolata del mattino (le chocolat du matin), par le peintre vénitien Pietro Longhi – vers 1775-1780
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Même les animaux y eurent un jour droit
Le nectar des dieux aztèques se partage
Malheur à ceux qui, trop voraces ma foi
Le gardent trop jalousement en cage
For a Good Boy, par Mary Hayllar – 1880
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Le divin breuvage devint accessible à toutes les bourses
Et, sur les terrasses des cafés, il est désormais un des favoris
Les commandes fusent de partout, comme dans une course
Le refrain: « Mademoiselle, un chocolat ! » « Et un viennois aussi ! »
Publicité pour le cacao Karstel, par J. Van Caspel
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Et quel plaisir de voir la chocolatière arriver
Portant haut un plateau de tasses de porcelaine
Recelant des rations de la douce boisson sucrée
Et, à côté, de l’eau bien fraîche en pichet
La Belle Chocolatière, de Jean-Etienne Liotard – vers 1743-1745
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Enfin le boire et sentir la frénésie tressauter puis s’en aller
Le calme revient quand il glisse au creux du ventre,
Lissant les noeuds, les tensions et nous laissant rassurée
On se détend et on laisse son esprit se faire chantre
Un Chocolat Chaud, par Raimundo Madrazo y Garreta – au XIXème siècle
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Un des délices ultimes ?… Allumer les bougies là haut
Laisser couler l’eau chaude dans les draps blancs
Poser un livre sur un petit guéridon, à côté du cacao
Et prendre son bain toute alanguie en dégustant
Bain avec chocolat, d’un artiste inconnu du XVIIe siècle
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Mais gare à ne pas user et abuser du chocolat
Nous rappelle Madame de Sévigné
En évoquant les malheurs de Madame de Coëtlogon
Qui adora le chocolat plus que de raison
Les mésaventures de Madame de Coëtlogon, par Nancy Peña
(cliquez sur l’image pour connaitre l’histoire complète)
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