Depuis la fermeture à grand bruit de l’exposition « Our Body : à corps ouvert », mes stats grimpent doucement mais assurément… Ce qui m’a agréablement surprise, même si je me dois de vous faire un aveu : je suis plutôt de ceux qui se réjouissent que ce type d’exposition ferme. Pourquoi ?
L’origine des corps et leur contexte
Déjà, on a souvent fait un parallèle entre les corps présentés dans les catacombes et ceux de l’exposition « Our Body ». Or, il y a des différences importantes entre ces corps des catacombes et ceux de l’exposition. Premièrement, les catacombes de Paris [clic pour plus d'info] et celles de Palerme [idem: clic pour plus d'info] sont à prendre dans un contexte historique tout à fait différent. A Palerme, c’était un honneur d’être exposés ; à Paris, c’est en partie une histoire de « manque de place » et de contexte socio-politique. Je ne m’étendrai pas là dessus, mais si le rapport à la mort vous intéresse, je ne saurai que vous conseiller les livres de Philippe Ariès et de Michel Vovelle qui se penchent sur la question. C’est tout à fait fascinant… mais ça ne répond pas à notre problème « Our Body » !
Il se trouve que nous sommes dans une société où le corps humain est à la fois protégé et exploité dans deux directions extrêmes. D’une part, on protège les patients/mourants en leur faisant signer des autorisations et des dons d’organes ; d’autre part, il y a la chirurgie plastique (utilisée de façon artistique ou non) etc. Dans le deuxième cas, on peut évoquer ce collectionneur qui a acquis le tatouage d’un homme vivant, ou encore ce condamné à mort qui accepte que son corps soit lyophilisé en nourriture pour poisson après son exécution… Bref. On n’arrive pas encore à notre sujet, huhu… (et tout ça, je l’ai déjà évoqué, de façon plus détaillée, dans cette bulle-là)
Dans le cas qui nous occupe, la raison pour laquelle cette exposition a été fermée (qui est également la raison pour laquelle le recours en appel a été rejeté) c’est l’origine des corps. L’entreprise organisatrice affirme que ces individus avaient accepté clairement que leur corps soit utilisé dans le cadre d’une exposition, mais jamais, au grand jamais elle n’a fourni de preuves. Et c’est de là que vient le scandale ; peu importe qu’il y ait d’autres expositions dans le même genre ailleurs…
L’utilisation des corps dans l’exposition
Ensuite, à propos de l’utilisation des corps dans l’exposition, il peut paraître pédagogique d’exhiber des corps en train de jouer aux échecs ou de tirer à l’arc afin de montrer le fonctionnement des muscles, mais les gens s’y intéressent-ils vraiment ? Ils viennent plus pour voir de la bidoche humaine tout comme on venait voir les « nègres » aux expositions internationales… L’homme est un loup pour l’homme, les latins l’avaient bien compris.
Donc, artistique ? non, pas vraiment. Scientifique ? peut-être. Mais s’est-on demandé comment faisaient les artistes et les scientifiques pour maîtriser toutes les arcanes du corps humain ? D’une part, ils assistaient aux opérations et aux autopsies qui pouvaient être publiques à l’époque ; d’autre part, ils se servaient de modèles vivants (nus ou non), de photographies, mais également de ce qu’on appelle des « écorchés » : des statues qui reproduisent fidèlement le corps humain sous tous ses angles, à diverses strates.
En cela, je regrette vraiment que l’exposition de l’école des Beaux-Arts « Figures du corps » n’ait pas été plus médiatisée et prolongée (vous en avez une petite présentation par là) : beaucoup de ces écorchés, en sculpture, en peinture, en dessin, y avaient été présentés. On y retraçait également l’histoire de l’étude du corps depuis l’antiquité avec quelques approches parfois plus scientifiques.
L’ensemble était très éducatif, plutôt bien organisé (je regrette simplement le manque de transition entre la partie principale de l’exposition sur l’étude artistique du corps avec les parties connexes sur l’étude du rapport homme/animal et celles de l’étude, plus ou moins scientifique, des caractères humains. J’avais déjà parlé de cette exposition dans le 3e opus de mon dossier sur le corps représenté.
un peu de lecture ?
Si l’exposition est déjà close (fort malheureusement, ay ay !), les Beaux-Arts proposent un catalogue d’exposition très complet, sous le même nom: « Figures du Corps« . Si ce sujet vous titille et que vous ne regardez pas à la dépense, foncez, c’est 75€, si je me souviens bien.
Et si vous vous intéressez au corps en tant qu’artistes, il y a également une BD très pédagogique « Petit Traité de morphologie: d’après les cours donnés par Jean-François Debord » par Agnès Maupré. Celui-là je l’ai, je l’ai dévoré et je peux dire qu’il vaut le coup: de l’humour, de la pédagogie, de la logique, de l’anatomie…
Bref, bref, personnellement, après avoir vu l’exposition « Figures du corps », je me dis qu’on aurait pu se passer de « Our Body » qui est, lui, plus voyeuriste et consumériste que pédagogique… Et justement, le fait que les corps soient plastinifiés à tel point qu’on en oublie que ce sont de vrais corps me semble montrer à quel point « Our Body » était ‘inutile’ de mon humble point de vue.
Le thé est peut-être LA boisson chaude la plus populaire en peinture… Du moins, au XIXème siècle. Il a été ardu de ne choisir qu’une petite quinzaine d’oeuvres autour de cette thématique, tellement il y en avait! On verra si le café est aussi populaire dans le prochain fil rouge, mais pour l’heure vous goûterez bien un peu de ce thé au jasmin…
Entre ami(e)s dans un salon de thé ;
[ Chop Suey, par Edward Hopper en 1929 ]
on se sent comme une odalisque attendant son aimé…
[ Tea Time, par Henry Caro-Delvaille en 1902 ]
Jouant innocemment à la dînette ?
[ Lillies and tea, par Morgan Weistling en 2001 (!) ]
Par les jeunes femmes bien sur elles et contemplatives ;
[ Tea, par Mary Cassatt en 1879-1880 ]
Pour souffler un peu entre quelques tâches domestiques ;
[ Tea, par George Dunlop Leslie vers 1894 ]
le thé ne peut donc être mauvais !
[ Tea Time par Stephen Jack Myles Birket Foster vers 1860-1890 ]

Il est proposé dans les bars et les cabarets tard le soir,
[ Tea Room Tango, par Julius Muller-Massdorf vers 1900 ]
Quand tombent les feuilles frémissantes de l’automne.
[ Tea in the Park par Edward Cucuel vers 1900 ]

Comme preuve que les chatons aussi aiment le thé ?
(ou est-ce le nuage de lait qui les attire ?)
[ Teatime for kittens, par Henriette Ronner-Knip vers 1860-1890 ]
il n’est pas impossible qu’un cardinal en raffole…
(même si c’est très étrange, ma foi)
[ Teatime par Georges Croegaert vers 1880 ]
les âmes solitaires en quête de méditation
(Font-elles des Tea thoughts ?)
[ Teatime par Emilio Sala y Frances vers 1880 ]
Qui apprécient sa chaleur à l’ombre des arbres.
(même si elles n’ont pas de goût en ce qui concerne les bonnets)
[ Holyday (or the Picnic) par James Jacques Joseph Tissot en 1876 ]
Faire la vaisselle! Et ce, en tâchant de ne pas ébrécher la porcelaine…
[ Washing Dishes (or Emily and her Tea Set), par Charles Courtney Curran en 1935 ]

Ouf !
Un grand Ouf en vérité… Aujourd’hui j’ai achevé les réparations et le déménagement de Bulle d’Art qui était bien à l’étroit et s’en était rendu malade.
Il avait fallu attendre non pas le week-end, mais la fin du mois de mars pour pouvoir soigner ce malheureux blog souffreteux. Ce qui est aujourd’hui chose faite ! (mais s’il y a un souci, n’hésitez pas à le dire !)
Maintenant, il me faudra retrouver mes repères dans cette maison devenue étrangère par l’absence, mais j’espère souffler de nouvelles bulles dès cette semaine, avec d’autant plus de vigueur que parler d’art redevient un exercice nouveau pour moi!
A très vite…
Si vous considérez que le tricot est un loisir ennuyeux tout juste intéressant pour les grands-mères, les femmes enceintes et les vieilles filles, je vous préviens : vous allez changer d’avis avec cette édition de l’Observatoire, publiée suite à cet article et diverses conversations.

Ainsi, les tricoteurs et tricoteuses voient parfois les choses en grand, et créent des choses impressionnantes. Par exemple : des tricots pour recouvrir entièrement une station-service désaffectée, un drapeau américain géant (à l’aide de deux excavateurs munis d’aiguilles de six mètres environ), mais aussi une écharpe tricotée avec deux fusils (chargés), une jolie cravate pour une statue de quelques dizaines de mètres de haut… Et même un lapin rose de 60 mètres de haut qui se serait crashé depuis l’espace au nord de l’Italie.
La douce pilosité des moutons sert aussi la Science. Grâce à elle, on peut admirer la structure d’un cerveau humain tel que vu par IRM, de poumons, d’un utérus, d’intestins (il y a même un patron si vous voulez vous faire de beaux intestins pour décorer à la maison)… Et même la première molécule d’ADN d’un bébé, un rat, une grenouille, un lapin et une souris blanche, tous disséqués !
Passons maintenant à l’art urbain, le Knit Graffiti. Des fois je me dis qu’en français on pourrait appeler ça le « Streecot » si c’était plus joli à dire/écrire. Une idée de traduction plus élégante ?
Mais revenons au sujet. Dans la ville, qu’y a-t-il ? Des lampadaires, des panneaux indicateurs, des barres (de bus ? ou de métro ?)… quelques fois des ports avec tous ces anneaux. Des statues, presque toujours. Des bancs publics aussi. Et des arbres, bien sûr ! Plein d’arbres dûment « treecotés« !
Et dans cette ville voyagent quelques tricots… Parmi eux, une paire de pattes de poulet qui a d’ailleurs son propre blog. Mais aussi toute l’équipe de Star Wars, une charmante taupe au nez étoilé et quelques Daleks (des robots exterminateurs de la série télé Doctor Who)… Ca en fait du monde !
Mais n’oublions pas que la laine aussi souffre, compatissons avec elle sur son sort. Imaginez, se faire planter une paire d’aiguilles dans le corps, jour après jour !… Mais c’est pour l’Art et la Science, alors…
D’ailleurs, pour finir, voici quelques oeuvres qui intéresseront tout particulièrement le cher et tendre… La production de la très féminine Emmanuelle Esther, ainsi que celle de la très étrange Naida.
Bon, ce n’est pas tout ça, mais moi j’ai un lapin éventré à tricoter pour le Sirtin… Sur ce, je vous laisse !
Allez, on va conclure tout d’même! Donc passons aux problèmes d’aujourd’hui pour arrêter de penser à ceux d’hier…
Problèmes éthique et esthétique
La réification du corps qui se plie à tous les désirs pose aujourd’hui de nombreux problèmes1. Il est difficile de fixer une limite à ces expérimentations voire à ces débordements. Différents artistes feront d’ailleurs appel aux outils polémiques pour concevoir leurs œuvres d’art. Il est difficile de ne pas évoquer à ce sujet le travail d’Orlan, qui utilise son corps comme matière première et la chirurgie esthétique comme outil.

Pour en savoir plus sur cette artiste, voir cet article de Ciel Variable.
Il y a déjà eu de nombreux débats sur l’exposition « Our body » pour déterminer ce que la science a le droit de faire des corps qui lui ont été donnés : est-on certains que les personnes qui ont donné leur corps il y a des années de cela auraient approuvé cette exposition de leurs corps disséqués ? En effet, cette exhibition de 22 cadavres et de dizaines d’organes humains pose quelques questions dérangeantes. Contrairement aux cadavres classiques exposés dans les salles d’anatomie des universités de médecine, en position allongée, les corps exposés à Londres pourraient être vivants: l’un d’entre eux semble vouloir lancer une fléchette, un autre fait des étirements, comme lors d’un cours de gymnastique, un troisième est assis, un quatrième lance une balle de basket-ball. Tous sont nus, disséqués au niveau d’une partie différente du corps, afin de révéler leur face cachée: depuis le squelette jusqu’aux muscles en passant par les nerfs ou les artères.

quand elle était à Lyon il y a quelques mois
Si le XIXème siècle était une époque contradictoire alliant l’extrême pudeur à la « débauche » en privé, notre époque ne l’est pas moins. Il est ardu de faire l’association entre le débat sur l’euthanasie et le droit de s’ôter la vie avec assistance médicale, et les artistes qui se modifient dans leur chair pour transmettre un message conceptuel. Outre Orlan, nous pouvons d’ailleurs citer l’artiste chilien Marco Evaristti qui acheta le corps d’un condamné à mort afin de le lyophiliser en nourriture pour poissons, mais aussi Ian Usher, cet homme qui vendit sa vie sur Ebay en juin 2008, et ce collectionneur qui acquiert le tatouage d’un homme vivant, Tim Steiner.

Face à ces actions, qu’il semble difficile d’appeler « œuvres d’art », on ne peut que s’interroger sur les limites entre science, éthique et esthétique, et sur l’influence de l’évolution de notre regard sur le corps. S’il ne nous importe plus qu’un individu achète le corps d’un autre encore vivant pour en faire ce qu’il souhaite, quelles autres œuvres nous présentera-t-on ? Est-ce vraiment de l’art que d’utiliser le corps humain réel pour ses projets dits artistiques ?
- On le savait déjà [↩]
Vous l’aviez peut-être deviné vu la conclusion de la précédente bulle, à moins que vous ne vous souveniez du « plan » de l’introduction : on va aujourd’hui parler des Arts de la Science et de la Médecine.1
Science
Les études du corps par la médecine, et la Science en général, ont elles aussi joué sur la transformation de notre relation au corps et a eu une forte influence en art : dès le XVIème siècle, l’anatomie est partie intégrante de l’éducation des peintres. Elle est enseignée dans les académies et les écoles d’art à partir du dessin d’après l’antique et de la dissection des cadavres. Des études préalables à la représentation analysent en détail toutes les parties du corps.
L’exposition qui a eu lieu à l’Ecole des Beaux-Arts à Paris jusqu’au 4 janvier 2009, Figures du Corps, est édifiante à ce sujet2. Si dans la grande salle on s’intéressait tout particulièrement à l’étude anatomique depuis la Renaissance jusqu’à nos jours et à la représentation de la perfection corporelle, une portion de l’exposition à l’étage s’intéresse au rapport entre science et corps au XIXème siècle.
Il en ressort que les différences physiques entre « races » humaines étaient listées, analysées et servaient au final l’idéologie raciste comme quoi l’homme occidental est supérieur aux autres races. Pour exemple, on notait l’angle entre le menton et le visage et on prétendit que plus l’angle était proche de 90°, plus la personne ainsi étudiée était proche de la perfection antique. A l’inverse, les personnes noires, ayant un visage plus anguleux, étaient forcément inférieures.

vu sur African Societies
Ensuite, le développement de la photographie a permis le développement d’un fonds d’étude anthropologique, pathologique, psychologique voire criminologique. On était effectivement persuadé que les tares mentales se reflétaient dans le corps : mens sana in corpore sano, dit-on. Les recherches anthropologiques listaient les types humains dans le monde ; celles pathologiques et psychologiques souhaitaient faciliter le diagnostic de l’hystérie, de la « débilité mentale » (sic) et autres maladies mentales ; celles criminologiques, enfin, cataloguaient tous les criminels et tous les délinquants qui avaient été jugés afin de déterminer quels sont les traits révélant une propension à la criminalité3.

Chronophotographie produite par Eadward Muybridge vers 1880
Les photographies issues des études pathologiques sont révélatrices de la mentalité de l’époque. Il n’était pas choquant pour eux de déshabiller une personne considérée comme folle à des fins scientifiques : on pouvait ainsi voir des chronophotographies permettant d’observer la démarche d’un vieillard nu entre deux infirmiers vêtus de pied en cap4. Il semblerait que quiconque est faible d’esprit n’a pas la liberté de contrôler son corps et son intimité car ils ne sont plus tout à fait humains : ils sont redevenus sauvages, mi hommes mi bêtes. Cette opinion se retrouvera d’ailleurs lors de la seconde guerre mondiale, lorsque les nazis conduiront des expériences diverses sur les prisonniers des camps de concentration : ils ne sont pas dignes d’être humains, mais ils peuvent servir la cause scientifique sans que l’on s’en émeuve.

faisant des expériences sur un détenu
dans le camp de concentration de Buchenwald.
Vu sur le United States Holocaust Memorial Museum (en français!)
Les progrès techniques, symbolisés par la photographie, ont aussi apporté une vision artistique inédite qui a engendré un renouvellement du rapport au modèle et au corps humain. Le tirage photographique complète voire substitue le modèle vivant proprement dit, le délivre des contraintes de la pose et fait gagner du temps à l’artiste. D’ailleurs les modèles pour peintres servaient souvent de modèles aux photographes qui pouvaient être les peintres eux-même : Delacroix et Nadar sont deux de ces photographes de modèles.

pour préparer une oeuvre du peintre Guillonet5
Vu sur Chapitre.com
Mais on l’a dit plus tôt, ces photographies destinées à l’étude artistique ont été détournées par l’industrie érotique puis pornographique qui profita du trouble entre sensualité artistique et érotisme. Ceci permit la concentration du regard sur le corps féminin pour lui-même plutôt que sur la femme, et conduisit aux photographies de stars à destination d’un public militaire puis aux publicités réifiant la femme. Il est difficile de déterminer à partir de quel moment ces publicités se diffusèrent et furent communément acceptées. Cependant, on peut se douter que ces publicités, destinées à un public masculin, sont apparues dans les années 50-60 quand les hommes étaient encore majoritairement ceux qui avaient du pouvoir d’achat. Toutefois, si l’on se penche sur les publicités conçues par Alfons Mucha dans les années 1850, on peut y trouver en germe le concept de femme-objet.

Visible sur le blog de la boutique Victorian Lovers
- Les majuscules, ça fait toujours plus classe! [↩]
- Sirtin en parle d’ailleurs sur son blog, allez voir son intéressante critique par là! [↩]
- cela me fait malheureusement penser à la proposition de Sarkozy sur les délinquants âgés de trois ans… [↩]
- Il est curieux de constater à quel point ces photos « dérangeantes » sont difficiles d’accès, même sur internet… Alors qu’on peut en trouver des pires [↩]
- je connais pas ce peintre-là, mais j’ai pas trouvé de photo destinée à cet usage par des peintres plus connus. M’enfin ca vous donne déjà une idée! [↩]
Les constipés et les prostituées sont deux grandes catégories sociales qui, a priori, ne se croisent pas et s’ignorent, sauf à un moment précis : la guerre… On peut penser à Betty Page ou Marlene Dietrich, ces gonzesses dont on parlait y a deux jours, mais aussi aux jolies dondons chantées par les Poilus. Faudra que je vous en ressorte une, d’ailleurs… Bref ! On va parler de la guerre ! (et un tout petit peu de la paix… J’avais envie de parler des années hippies, mais j’ai pas eu assez de temps pour glaner plus d’infos dessus)
Guerres et paix
Quand on y pense, les dernières guerres ont marqué un tournant : plus de guerres « disciplinées » à l’épée et au corps à corps, on a développé les armes de destruction massive, les canons, les tanks, les fusils. Les combats deviennent de véritables boucheries déshumanisées, où le corps humain n’est plus que de la chair à pâté offerte en sacrifice. De là découlent nombre de traumatismes et un changement de regard sur le corps ainsi mutilé.
Les premières réflexions législatives sur les droits des personnes handicapées civiles ou militaires sont essentiellement dûes à la première guerre mondiale. En effet, ce n’est qu’après cette guerre que les mutilés de la guerre puis les accidentés du travail ont demandé une réparation de leurs préjudices, faisant ainsi jour à la notion de handicap. Avant cela, les individus handicapés ou mutilés ne devaient pas se montrer en société : ils choquaient. Leur handicap et leurs blessures étaient considérées comme honteuses, et l’individu lui-même était vu comme diminué.1 De l’utilisation des armes dites industrielles a découlé l’apparition d’un grand nombre de « gueules cassées » qu’on ne pouvait ignorer ni rejeter. il fallut donc les prendre en considération et leur assurer des droits, notamment le droit à l’emploi. La loi du 30 juin 1923 proposant des emplois réservés aux infirmes de guerre dans le secteur public, élargie au secteur privé par la loi du 26 avril 19262, en est un bon exemple : le handicap ne pouvait plus être dissimulé, il s’infiltrait dans la vie de tous les jours. Mais il faudra attendre les années 70 pour que les pouvoirs publics prennent réellement conscience des difficultés d’insertion sociale des dites personnes et s’intéressent véritablement à leur sort avec la loi d’orientation du 30 juin 1975 qui constitue une charte des droits des personnes handicapées au regard de l’éducation, du travail et de l’autonomie sociale.3
La visibilité du handicap physique est également reflétée en art, autant par des artistes qui ont vécu la guerre et en témoignent par leur médium de prédilection que par des artistes dénonçant les travers de la société de nos jours. On peut évoquer le travail presque documentaire d’Otto Dix, et surtout son triptyque avec prédelle4, La Guerre. Ce peintre s’est porté volontaire lors de la Grande Guerre par une volonté d’authenticité : il souhaitait vivre la guerre pour pouvoir la représenter de façon juste et pour transmettre le message suivant : « plus jamais ça ! »5.

Peint par Otto Dix de 1929 à 1932
Dans une moindre mesure, les œuvres de Lucian Freud et de Francis Bacon qui proposent des visages et des corps presque torturés, convulsés, blafards, me semblent être le reflet des traumatismes dûs à la guerre. Le corps a souffert des guerres et des crises qui ont traversé la société. Il n’est alors plus lisse et académiquement beau, mais expressif voire déformé par la société dans lequel il est mis en scène.

Peint par Francis Bacon en 1971
Mais ces guerres ont également, en quelque sorte, permis le développement de la chirurgie urgentiste et esthétique. En effet, lors de la guerre de Sécession, lorsqu’on utilisa massivement les canons et autres armes dites industrielles pour la première fois de l’histoire, de nombreux soldats moururent simplement parce que les chirurgiens de l’époque étaient dépassés et ne savaient vraiment reconnaître les infections à temps : ils considéraient notamment que lorsqu’une plaie se couvrait de pus, c’était bon signe… Les guerres suivantes, et surtout les deux guerres mondiales, ont été un véritable champ d’étude et d’expérimentation pour la médecine.

Photographie retouchée de David La Chapelle en 2002
Modèle : Amanda Lepore
















