C’est ce que vous aurez si vous vagabondez dans certains recoins d’Angleterre. Non pas que les routes soient encore faites de terre et d’ornières, ni même qu’elles fassent l’objet des ardeurs bucoliques de bon nombre d’Anglais, non. C’est même tout autre chose, un geste politique et poétique tout à la fois comme certains savent si bien le faire.

Ces routes parsemées de primevères sont le fait de Pete Dungey, un artiste doux-dingue un peu rebelle. Pourquoi il fait ça, me demanderez-vous (peut-être)? Je le laisserai vous répondre, à sa manière:
If we planted one of those in every hole, it would be like a forest in the road
C’est-à-dire: « Si on en plantait dans chaque trou, ça serait comme une forêt sur la route ». Joli non? Et très politique aussi, comme je le disais: Mister Dungey plante ses fleurs pour dénoncer l’état déplorable des routes anglaises.

Et les Pothole Gardens de Pete Dungey ne sont pas seules ; elles font partie, à leur manière, d’une nouvelle forme de militantisme : le Guerrilla Gardening. Rappelez-vous ce nom, je vous en reparlerai certainement, le printemps approchant…
et pas pu résister à l’envie de vous en parler
Un peu partout dans le monde existent des havres de paix pour la Nature qu’on maltraite jour après jour, grignotant toujours plus de terrain, polluant toujours plus d’hectares et de litres. Ces abris, ce sont les parcs naturels où la fréquentation humaine est réglementée. Ces parcs sont comme des temples où on ne peut être qu’en visite, où l’on n’ose déranger la divinité en parlant trop fort ; On doit respecter le lieu.
L’un des parcs les plus connus, pour exemple, est le parc national de Yellowstone, aux États-Unis. Mais à part ça, que sait-on des parcs nationaux et des parcs naturels régionaux? Pas grand chose, non?
Voici donc une synthèse (bien évidemment concentrée sur le cas de la France, eh)(et comme c’est une synthèse, ce n’est PAS DU TOUT exhaustif) dans ce docu PDF que je vous livre là: histoire des parcs, leurs missions et leur gestion, avec un petit exemple à l’appui.
Je vous avais déjà parlé de Chaumont-sur-Loire et ses jardins ici et puis aussi là-bas. Vous allez croire que je fais une fixation là dessus, mais tant pis ! Je ne viens vous en reparler que parce que cette semaine vous aurez à disposition quatre dossiers que j’ai eu à faire pour la fac. Comme je me suis pas mal démenée dessus, je me dis que ça vous intéresserait aussi…
Et justement, le premier dossier que je vous offre porte sur ?… Chaumont!
le document PDF sera en téléchargement!
Pour plus de détails : on nous demandait d’étudier un lieu patrimonial et de voir tout ce qui y était mis en place. Une analyse en profondeur, quoi. Vu ma note pour ce dossier, je ne me suis pas trop ratée apparemment (ouf!)
C’est la marchande des quatre saisons qui va parler aujourd’hui. Elle s’insurge contre l’usage irréfléchi et insultant de ses produits, produits qu’elle s’évertue à garder frais pour les « vrais » clients, ceux qui savent en apprécier la saveur. Non, mesdames et messieurs, la marchande n’est pas contente ! Et les objets de son ire suprême sont ces zartistes qui, au nom de l’Aâââârt, gâchent tout le labeur livré par elle et les agriculteurs. Ces vils personnages osent laisser pourrir ces fruits et légumes tant chéris, élevés et cultivés avec amour… En plus de ça, ils les entassent de façon peu gracieuse, peu ordonnée pour leur propre amusement. Non, non, ces messieurs oublient la règle pourtant répétée tant et tant de fois par leurs géniteurs : on ne joue pas avec la nourriture !

Exposé au Musée du Louvre.
Arcimboldo
Le premier de ces offenseurs est mort depuis bien longtemps, mais peu importe, moi, la marchande des quatre saisons, je souhaite qu’on lui inflige un châtiment exemplaire. C’est l’artiste, ô sinistre individu, qui eut le plus d’émules en terme de gaspillage alimentaire. Giuseppe Arcimboldo, né à Milan en 1527 et mort dans la même cité en 1593 à l’âge (canonique pour l’époque) de 66 ans, est présenté comme un peintre maniériste. Je hausse ici les épaules : maniériste, maniériste, quelles sont ces fadaises-là, maniéré oui !. Il est tristement célèbre comme auteur de nombreux portraits suggérés par des fruits, des végétaux ou des animaux « astucieusement » disposés.
Il est considéré comme un érudit, de par la variété des études et des recherches qu’il engagea au service des rois et empereurs de Bohème. En effet, il analysa le processus de la culture de la soie, inventa une méthode colorimétrique de transcription musicale, organisa une grande majorité des fêtes royales, fut remarqué par la richesse des costumes et des spectacles mécaniques créés pour ces occasions, s’intéressa aux curiosita, ces objets et créatures étranges venus de tout horizon pour servir la gloire de l’Empire et dont il doit répartir au mieux dans les collections impériales. C’est dans le cadre de cette dernière tâche qu’il gaspilla tous ces aliments précieux : à cette Cour fort mal élevée quoique prétendument érudite, l’on aimait à se distraire devant les portraits caricaturaux ou allégoriques de Monsieur Arcimboldo…
Entasser les meilleurs fruits de chaque saison pour symboliser le printemps, l’été, l’automne et l’hiver leur semblait du plus ingénieux, du plus remarquable. Non mais, ils n’avaient qu’à venir voir mon étal pour en admirer autrement la beauté ! Ce n’est pas de la vulgaire pâte colorée qui va en rendre la saveur, l’odeur, le goût, le relief… Mais non ! Ces gens-là ne veulent pas le comprendre. Mais, je ne suis pas seule dans mon combat, ce barbouilleur s’est aussi mis le poissonnier à dos avec sa série sur les éléments : son tableau sur l’eau est un amas de poissons en voie de décomposition. Et je n’évoque même pas de l’oiseleur pour le tableau sur l’air…
Bernard Pras
Bon, sûr que je ne vais pas tous vous les citer, ces goujats… Ca me filerait le mouron bien plus vite qu’autre chose ! Au gars ci-dessus, j’ajouterai juste deux types encore vivants et donc plus facilement punissables. Voyez qu’je vous facilite la tâche ! Au suivant donc : Bernard Pras. Celui-là est né en 1952 à Roumazières-Loubert en Charente. Un français donc.
Il a tâtonné un bon bout de temps, expérimentant, mettant au point le principe de l’aquagravure, etc. Mais, malheureusement, en 1994, il tombe dans la spirale fatale : il commence à réaliser des installations et assemblages d’objets hétéroclites à la manière d’Arcimboldo. Quand on les voit en vrai, c’est informe, c’est hideux (reconnaissez-vous Mao dans cette composition ?) : la composition globale ne prend réellement forme pour le spectateur (quand il n’est pas sensible au drame alimentaire qui s’est joué là) que par le truchement de la photographie qui recrée l’image plane voulue par le monsieur. La première exposition d’importance a lieu en 1998. Depuis, il reprend ce principe d’anamorphose comme fil conducteur : il fait des installations plus grandes, plus massives, réinterprétant plusieurs images célèbres de l’histoire de l’art et de la société contemporaine. Dans la liste, les Saisons d’Arcimboldo bien entendu, mais aussi un portrait d’Einstein, un Louis XIV digne et fièrement drapé dans son manteau en papier toilette, un Mickey… (Dites, vous pensez que je peux convaincre les fournisseurs de PQ de me suivre dans cette sainte mission ?)
Jan Svankmajer
Quant au dernier… Mon dieu, quand j’y pense, j’en ai des vapeurs ! En 1982, il a filmé, oui filmé, le massacre qu’il s’est plu à faire dans une crise de nombrilisme intense. Mais je me précipite… Il faut que je vous dresse un portrait de cet individu.
Jan Svanmajer, né en 1934, est un artiste surréaliste tchèque. (ah la la, pas une nation pour rattraper l’autre, hein!) Ancien étudiant en « arts industriels », il s’est intéressé aux différents médias (vidéo, photo et j’en passe et des meilleures) et à leur interaction. Il conçut pour la première fois des courts-métrages artistiques en 1964, et continua dans la même ligne pendant plus de vingt ans. Une de ses plus grandes ambitions en la matière était de faire un film sur Alice au Pays des Merveilles, de Lewis Carroll, chose qu’il a pu faire en 1988 avec Quelque chose d’Alice ou Neco z Alenky (vous pouvez en voir des extraits par là). Il a également exposé des dessins, collages et « sculptures tactiles », pour la plupart conçus dans les années 1970 quand les autorités tchèques lui interdirent temporairement de faire des films.
L’oeuvre -ahem- qui m’incite à le poursuivre en justice est un véritable film d’horreur, encore une fois inspiré d’Arcimboldo : Les Possibilités du dialogue (en tchèque, ça donne Moznosti dialogu). Ce film est découpé en trois grandes parties et la première est la plus insoutenable. Il y présente des personnages, en aliments (soupirs…), en ustensibles de métal et en papeterie, qui s’entredévorent les uns les autres. Mais je n’en dis pas plus, vous serez tout aussi indignés que moi en voyant la vidéo par vous même.
Jan Svankmajer – Dimensions of dialogue
envoyé par popefucker
(ahem, pas de commentaires sur le pseudo du monsieur)
Alors, voulez-vous vous joindre à la marchande des quatre saisons et ses camarades, le poissonnier, le libraire, le cuistot, l’oiseleur pour fustiger ces zartistes ?… Si oui, hop, soufflez une bulle ci-dessous ! Sinon, soufflez quand même !
Nous vivons à une époque bien contradictoire, toute entière faite de paradoxes. Par exemple, d’un côté nous sommes confrontés à la déforestation et aux incendies, criminels ou non ; de l’autre, nous voyons fleurir dans notre belle France les initiatives autour de la nature. Ainsi poussons nous les enfants à planter un arbre dans le cadre de jumelages ; ainsi mettons nous en place des projets comme la Méridienne Verte ; ainsi réfléchissons nous sur la place des parcs et des jardins dans nos villes… En somme, on ne se scandalise guère de la déforestation massive de l’Amazonie, puisque cela fait des années que l’on en fait des gorges chaudes, mais on fait grand cas de la verdure de notre verte patrie, en s’inquiétant notamment des incendies en Corse, en Aquitaine, etc. Pourquoi cela?
Bon, bien sûr, la première réponse à donner, la plus évidente, est la suivante : l’Amazonie est loin, on n’y vit pas, donc on ne connait pas les subtilités, les changements qui sévissent là-bas. Par contre, nous défendons bec et ongles nos tendres souvenirs, répétant à l’envi que « de notre temps… », c’était ainsi, c’était plus beau, on avait plus de respect pour la famille/l’environnement/les doyens/la hiérarchie/la langue française (rayez les mentions inutiles).
Mais ce mode de pensée ne s’est pas fait en un jour. Dans certaines bulles soufflées ces derniers mois, on a pu entrevoir que bien peu étaient vraiment choqués par les destructions et les pillages sévissant juste après la Révolution Française. C’est que not’ beau pays était un grand palimpseste sur lequel disparaissaient les palais pour laisser place à des églises et vice versa. De surcroît, il était assez courant de rajouter sa touche personnelle sur les bâtiments, aussi anciens soient-ils : dans le Vieux Lyon, on peut ainsi trouver des hôtels constitués de bâtiments du XIVe et du XVe, ralliés par une galerie du XVIe, et dont la façade sur rue date, elle, du XVIIe… De vrais palimpsestes, je vous dis !
Paysage, paysage, dis-moi ton nom !
Pour y voir un peu plus clair, il vaut mieux commencer par le commencement. Non pas de la naissance du paysage lui-même, dans le style Ancien Testament « Et il planta les arbres et les fleurs… », etc. Non, dans le cas présent, il me semble que le paysage, et la notion qui s’y rattache, apparaît au moment où l’on utilise le mot paysage. Quand une chose n’a pas de nom, l’on fait comme si elle n’existait pas. Donc :
Dans son sens étymologique, le paysage est l’ensemble des traits, des caractères, des formes d’un territoire, d’un « pays », perçu par un observateur: il est donc une création, une interprétation de l’espace. Le paysage est une question de regard mais cette notion ne peut-être aujourd’hui réduite à sa connotation picturale car elle recouvre de nombreuses acceptions. [...] La notion actuelle de paysage est somme toute assez récente. Avant d’être l’objet de représentations artistiques ou d’études architecturales, le paysage était un pays au sens originel du terme, c’est-à-dire une portion du territoire national avec une identité bien marquée, un lieu de vie et de travail pour les habitants locaux qui font partie de ce pays.
Ce coup de plume nous vient de maître Wikipedia
Bon. On le voit, le paysage était d’abord un lieu de vie, avant de devenir l’objet d’étude des peintres. À partir de la définition initiale d’étendue de terre qui s’offre à la vue, on a construit plusieurs notions proches dont celle de représentation d’un paysage par la peinture, le dessin, la photographie… La représentation du paysage a un rôle important dans les arts graphiques parce qu’elle s’oppose parfois à la représentation des êtres, ou bien peut être aussi utilisée pour les symboliser, dans la peinture religieuse par exemple.
Bien sûr, les jardins et les parcs ont toujours eu une place importante, se métamorphosant au gré des siècles pour porter un message symbolique de par ses parements (bosquets, arbres, fleurs…) ou simplement suivre une mode. Ainsi avons-nous eu les jardins à la française, à l’anglaise, à l’italienne… Et encore aujourd’hui, l’on tente de reconstituer des jardins médiévaux à partir de tableaux, d’enluminures ou de manuscrits.
Prise de conscience et législation autour du paysage
L’administration et la patrimonialisation du paysage sont encore récentes. Si la première loi s’y rapportant date de 1906, la stabilisation du service qui en a la charge ne s’est opérée qu’en 1995 avec la création de la sous-direction des sites et paysages au sein de la direction de la nature et des paysages au ministère de l’écologie et du développement durable.
Selon une étude de l’école d’architecture et de paysage de Bordeaux, on peut distinguer trois grandes phases de perception et d’action qui, au cours du XXe siècle, ont permis la patrimonialisation des paysages telle que nous la connaissons aujourd’hui. Tout d’abord, le paysage s’est imposé comme objet patrimonial dans la mesure où il se prête à un rapprochement avec des peintures (lois 1906 et 1930 sur les sites et monuments naturels). Cela ne concernait que la protection de paysages remarquables : on classait et inscrivait les sites présentant un intérêt général, selon des critères de protection : Artistique, Historique, Scientifique, Légendaire, Pittoresque. Ensuite, à partir des années 1950, l’on commence à inscrire et à classer de grands paysages naturels tels que la Camargue ou les Landes, ce qui entraîne l’apparition d’une nouvelle politique qui tâche de mettre en œuvre une véritable gestion des sites protégés. Cette nouvelle politique est en partie une réaction face à l’architecture des années 60 que l’on pourrait qualifier de « tout béton ». Tant mieux, puisqu’elle a permis de porter une plus grande attention au paysage, en tant que « forme sensible d’une interaction dynamique du naturel et du social ».
La législation sur les paysages a évolué, reflétant la demande sociale de plus en plus forte pour un paysage – cadre de vie de qualité. On reconnait alors le paysage du quotidien comme faisant partie du patrimoine. D’où apparition d’architectes-paysagers, de législation sur le paysage dans le code de l’urbanisme, d’études d’impact sur l’environnement, voire même d’une convention européenne du paysage en 2000. Par le biais de cette nouvelle législation, le paysage est reconnu patrimoine commun de la Nation : l’Etat reste garant de sa préservation. En outre, la réflexion sur le patrimoine ne se fait pas seulement au niveau français ou européen, mais aussi à l’échelle internationale, avec le travail énaurme de la chaire UNESCO en paysage et environnement à l’Université de Montréal.
Quelques initiatives
Trève de bavardages et de lois ! Passons plutôt aux applications, avec des liens pêle-mêle…
D’une part, l’on prend plaisir à reconstituer d’anciens jardins, qu’ils soient médiévaux comme mentionnés plus tôt, ou non. Tout récemment, en Indre-et-Loire, on a présenté pour la première fois au château de Villandry un « jardin du soleil« , d’inspiration Renaissance. Mais on peut aussi mentionner le Jardin des cinq sens (Yvoire, Haute-Savoie), plus médiéval, ou même les jardins de Versailles et de Vaux-Le-Vicomte, beaucoup plus connus…
Des animations sont également mises en place dans les jardins historiques. Ainsi peut-on se promener dans les jardins de Vaux-Le-Vicomte en écoutant de la musique classique et en contemplant le château illuminé aux chandelles, participer à des ateliers et des jeux comme à la Commanderie d’Arville (Loir-et-Cher), voire même des foires, comme à la Possonnière (Loir-et-Cher), demeure natale de Pierre de Ronsard. Alors, mignonne, si on allait voir si la rose ?…
Mais le paysage, ce n’est pas seulement les parcs et les jardins ! Les arbres sont des entités à part entière, qui peuvent à eux seuls symboliser une espèce, une région ou un style de vie. « les arbres remarquables font partie du patrimoine collectif et doivent être préservés en tant que tels », dit l’association A.R.B.R.E.S.. Ces arbres si particuliers accueillent en leur sein toute une flore toujours plus spectaculaire, en passant des monstres aux étranges trognes à d’imposants pluricentenaires, et ainsi de suite. Ce n’est pas pour rien que les régions constituent actuellement des bases de données autour des arbres remarquables…
Aux arbres, citoyens !
Allez donc voir les quelques coins de verdure qui jalonnent votre quotidien, allongez-vous sur l’herbe, enlacez les arbres que vous voyez ; ils font partie de l’histoire en général, et de votre histoire en particulier. Êtes-vous bien sûrs de n’avoir jamais contemplé avec étonnement un arbre un peu étrange ou un peu plus imposant que les autres ? N’avez-vous jamais souhaité, enfants, vous blottir dans une cabane en haut d’un arbre et jouir du doux bruit des gouttes de pluie tombant sur les feuilles ? N’avez-vous jamais pris plaisir à vous cacher dans un labyrinthe ? Laissez donc l’enfant en vous exprimer son émerveillement pour la nature qui nous entoure et illumine notre quotidien !
Meuuuuuuh ! -Ding Ding- Meuuuuh !
Quel est ce doux chant venu de nos prés ?
Meuuuuuuh ! -Ding Ding- Meuuuuh !
Qui donc émet ce cri ancestral tant aimé ?
Flancs immenses, Pis emplis de lait,
Grands yeux où le monde se reflète ;
Présente dans nos esprits et nos cités,
C’est la Vache, symbole de Fertilité.
Déesse égyptienne, Indienne sacrée,
Allégorie grecque de l’Europe à peine née,
Vers la Lune, elle part en odyssée :
C’est la Vache, symbole éthéré.
Meuuuuuuh ! -Ding Ding- Meuuuuh !
Quel est ce doux chant venu de nos prés ?
Meuuuuuuh ! -Ding Ding- Meuuuuh !
Qui donc émet ce cri ancestral tant aimé ?
Photo d’Alastair Seagroatt en juillet 2000, présentée sur TrekEarth.
Hantant nos esprits et nos cultures, la Vache est une entité à part entière. Pourtant dotée d’un corps gauche et mal dégrossi, elle est aimée et admirée de tous. Allons dans son sillon voir où elle demeure, loin de ses pâturages ancestraux et se cachant plus ou moins adroitement dans la dimension hypertexte…
Tombée de la Lune qu’elle tentait de rejoindre, elle se défie de la gravitation : paissant paisiblement sur un mur berlinois ou se promenant sur les toits parisiens, tandis qu’un de ses congénères eunuques atterrit de façon pataude sur un autre toit.
Parfois, notre vache poète se sent d’humeur joueuse et parade de ci de là, dans ses plus beaux atours, dans ses déguisements les plus extravagants. Elle voyage à Boston, à Rio de Janeiro, à Marseille, à Turin (en relation avec Lyon), à Athènes, etc. Pas un endroit qui ne l’ait vue costumée ! Quand elle passe avec ses amies, on ne peut que tourner la tête et la photographier à défaut de pouvoir l’accueillir dans sa demeure…
Mais voilà, à force d’être cigale, elle est fort dépourvue quand la bise vient. Elle doit donc vendre son image pour passer l’hiver au chaud : portant sans broncher une robe violette chez l’un, elle ne peut s’empêcher de rougir lorsqu’on la photographie en Marilyn Monroe chez l’autre. Il est vrai qu’après avoir été vénérée en Egypte, en Grèce et en Inde, ça ne doit pas être très facile de se trouver en période de vaches maigres… Elle n’en demeure pas moins digne, restant particulièrement militante.
« Pourtant, me direz-vous, elle doit déjà avoir pas mal de sous avec tout ce qu’elle vend grâce à ses parades, non ? » Certes, certes, mais c’est qu’elle est têtue : elle veut arriver pour de bon sur la Lune ! Et pour cela, elle suit un entraînement drastique… Et ne me dites pas « Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu !« . S’il y a des photos, c’est que c’est vrai ! Après ce n’est pas de ma faute si vous ne les voyez que dans les prés ou dans les fermes… Vous devriez peut-être changer vos lunettes.
Non, j’vais pas parler de l’exploration sous-marine, des navires grecs et romains qui coulèrent jadis avec de superbes sculptures, ni des caravelles attaquées par les pirates. Mais peut-être un de ces jours ?… En attendant, si vous voulez absOOOlument plonger et trouver un trésor, ça tombe bien : Objectif Atlantide Méditerranée, soutenue par la région PACA, propose (depuis 2003) une chasse au trésor le long du littoral méditerranéen de fin mai à fin août. Ne vous attendez tout de même pas à rentrer chez vous avec un buste de César, hein…
Les participants doivent trouver, en plongée, des indices et des butins tout au long du littoral méditerranéen (12 sites sont répertoriés). L’objectif final consiste en la découverte du trésor et d’une remise de prix aux gagnants.
« Objectif Atlantide Méditerranée » est également l’occasion de sensibiliser le public et notamment les jeunes à la protection de l’environnement marin. L’an dernier 23 000 plongeurs ont participé à cette grande chasse au trésor.Infos issues du site de la région PACA
Mais alors, avec ce titre-là, je vais parler de quoi ? Eh bien, de la Mer sans aucun doute ; de sculptures, tout à fait aussi ! Mais en tout cas, pas de sculptures antiques…
Bon, vous voilà tout de même plus avancés avec cette illustration. Nous allons pencher aujourd’hui nos frêles têtes sur le cas du Land Art qui est, comme chacun sait, une tendance de l’art contemporain, utilisant le cadre et les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, rocher…Tout sauf les matériaux nés de l’industrie humaine donc). C’est un thème très large et diversifié, aussi l’on ne s’intéressera qu’à une branche du Land Art. Maintenant ça fait tilt dans votre p’tit ciboulot : la mer et les sculptures, bon sang, mais c’est bien sûr !
La Spiral Jetty
Dans ce domaine entre ciel et mer, une des oeuvres du Land Art les plus connues et reconnues est la Spiral Jetty [photo inside], née de l’imagination de Robert Smithson (2 janvier 1938 – 20 juillet 1973) au printemps 1970 à Grand Salt Lake, dans l’Utah. Pour la petite histoire, « The Independent on Sunday », traduit par le « Courrier International » nous explique que :
Robert Smithson [...] fit venir des entrepreneurs à Rozel Point, sur la rive nord du Grand Lac Salé [ou Grand Salt Lake]. Il leur demanda de faire reculer un camion dans l’eau et de commencer à déverser 7 000 tonnes de pierres basaltiques. Le résultat fut une élégante volute d’une longueur de 500 mètres. La simplicité de l’ensemble n’était qu’apparente : [le critique d'art] Robert Hughes a parlé à son sujet d’un « embouteillage de références symboliques ». L’œuvre condensait aussi la fureur que suscitaient chez Smithson les « robots » de l’establishment artistique new-yorkais, sa fascination pour la « dislocation » et le « décentrement », et son obsession souveraine pour l’entropie. L’importance et l’influence de l’ouvrage ont immédiatement été indéniables. Smithson fondait un genre, le land art, qui se libérait du joug des galeries pour exprimer quelque chose de nouveau et de fort sur le sujet rebattu de l’art et la nature.
Un beau boulot que cette spirale qui se jette dans la mer, non ? Mais voilà, pendant trente années, on ne l’a plus vue : deux ans après sa création, la Spiral Jetty a été engloutie par le Grand Salt Lake et n’est sortie des eaux qu’en 2003. Aujourd’hui, elle apparaît, disparaît, évolue au fil des marées et des saisons ; c’est une oeuvre toujours changeante, sur un site d’un intérêt environnemental et culturel remarquable.
Les oeuvres du Land Art se caractérisent par leur positionnement environnemental, étant formées à partir de matériaux naturel et placées dans la douce Nature pour être exposées aux intempéries et au temps qui passe. De par leur présence, elles rappellent l’éphémère de la vie et, quelque part, le danger qui menace la nature : l’être humain, cette entité trop inconséquente, trop égoïste pour songer aux dommages qu’il provoque. Toujours est-il qu’on ne sait guère trop quel positionnement prendre avec ces oeuvres : les conserver du mieux que l’on peut, ou les laisser braver le temps mais aussi les agressions humaines ? Cette question est justement d’actualité avec la Spiral Jetty qui est aujourd’hui menacée par des forages pétroliers. L’affaire est commentée régulièrement sur le blog Spiral Jetty vs. Oilzilla, qui signale par ailleurs que ce n’est malheureusement pas la seule oeuvre du Land Art menacée/endommagée/détruite par des entreprises. Et d’évoquer les cas du Lightning Field ou des Sun Tunnels, pour ne citer que des oeuvres états-uniennes.
Projet Another Place
Le projet « Another Place », présenté par l’artiste britannique Antony Gormley, cherche à capturer l’attirance universelle que les êtres humains ressentent vis à vis de l’océan, non pas grâce à des métaphores tortueuses, mais en moulant son propre corps dans l’acier et en le répliquant afin d’obtenir une petite armée de clones. 100 statues sont ancrées dans le sable sur une bande de 3,2 kilomètres le long de l’Estuaire du Mersey, sur la plage de Crosby près de Liverpool en Angleterre. Elles mesurent chacune 1m88, pèsent 635 kilos, et sont issues de plus de 17 moulages différents du corps de Gormley.
Telles des sentinelles, elles se tiennent à 250m les unes des autres. Certaines sont plus près de la plage, d’autres en sont éloignées d’un kilomètre, mais toutes sont tournées vers la mer. Quand la marée est basse, ces cent statues sont complètement exposées au ciel et au vent. Mais lorsque la marée remonte -au galop comme toujours-, ils sont lentement engloutis : ils attendent chacun leur tour pour être volontairement enveloppés par l’eau fluctuante.
Cette oeuvre remarquable -du moins pour moi, huhu- n’est pas la seule accouchée par Antony Gormley. Si vous suivez ce lien vers Shape + Colour, vous trouverez non seulement des photos et une vidéo d’Another Place, mais aussi de Time Horizon, dans la même veine, mais sur terre. Il s’est attaché à exprimer l’image de soi en la projetant dans l’enveloppe extérieure du corps humain, mariant des moulages de son propre corps au mystère qu’ils évoquent. A cela, il ajoute une réflexion centrale sur la fluctuation perpétuelle du temps, avec ses accidents soudains.
Another Place devait être une oeuvre temporaire, destinée à se déplacer de site en site. Mais, en 2006, suite à une controverse, les statues ne se sont pas envolées pour New-York pour prendre la pose de l’autre côté de l’Atlantique. En mars 2007, le Conseil de Sefton a finalement accepté des propositions permettant de garder les sculptures en place de façon permanente sur la plage de Crosby. Une victoire du Land Art, vous ne trouvez pas ?





