Avec la vogue actuelle du 3D, on ne pouvait s’attendre qu’à cela. Ca y est, les tableaux des grands maîtres sont reproduits en 3D! Et du coup, on peut les redécouvrir avec un nouveau regard…
Vous trouviez les tableaux célèbres fades à force d’avoir été vus et revus? La Joconde et l’homme de Vitruve vous sont indifférents? Seurat et Raeburn ne vous disent rien? La jeune fille à la perle est trop lisse à votre goût? Manet manque de relief, Whistler de joie?
Vous avez raison: il manquait quelque chose dans ces tableaux. Forcément, les cadrages ne sont pas toujours bien choisis, sans parler de la technique plus ou moins efficace de l’artiste. Mais ça y est! Grâce à cette nouvelle technologie, ce manque est comblé!
(vous savez, on est toujours en avril… Ce n’est pas vrai du tout, ce que je viens de vous dire.
Vous l’aviez compris hein?
Oui?
…Non?)
Nous sommes le 27 novembre. Vous savez ce que ça signifie? Que ce blog souffle sa deuxième bougie discrètement! Pour le fêter un minimum, laissons Baudelaire déclamer Les Phares en son honneur et essayons de trouver à quels tableaux il fait référence:

Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse,
Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer ;
[Le Jugement de Pâris, par Rubens vers 1635-1638]

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l’ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays,
[Détail de l'Annonciation, par Léonard de Vinci vers 1472-1475]

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,
Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement ;
[Descente de croix, par Rembrandt en 1634]

Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;
[Détail du Jugement Dernier, par Michel-Ange Buonarroti vers 1535-1541]

Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand coeur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats,
[Détail d'un Saint Sébastien, sculpté par Pierre Puget vers 1663-1668]

Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;
[La Surprise, par Jean-Antoine Watteau vers 1718]

Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De foetus qu’on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d’enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;
[Le Sabbat des sorcières, par Francisco de Goya vers 1797-1798]

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;
[La lutte de Jacob avec l'Ange, par Eugène Delacroix vers 1856-1861]

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
C’est pour les coeurs mortels un divin opium !
[Le cabinet d’amateur de Cornelis van der Geent, par Willem van Haecht en 1628]

C’est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !
[La tempête de neige, par Joseph Turner vers 1842]
Les joies d’être entre cieux et ondées tous deux remuants:
Ce peut être simplement la traversée du Grand Canal en gondole ;
[Le Grand Canal à Venise, par Edouard Manet en 1874]
Blottis sur un frêle voilier, à la conquête du monde,
Et revenir avec, dans un seau, le frétillant repas du jour ;
[Calm morning, par Frank Weston Benson en 1904]
Pour, filant sur les eaux, vaincre tous les concurrents
Et gagner l’amour d’une belle demoiselle debout sur le pont ;
[L'Embarquement, par Ferdinant Gueldry vers 1900]
Et attendre que la Muse rafraîchie ne revienne souffler à l’âme
Quelque grand oeuvre illuminant la toile tendue sur le banc ;
[Monet peignant dans son bateau atelier, par Edouard Manet en 1874]
Et longer les cours d’eau jusqu’à leur embouchure,
ce doux voyage au ralenti assis au plus près de l’onde ;
[Les prissoires, par Gustave Caillebotte]
Qui barbotent gaiement autour des barques mouillant là,
Sur la mare, sur le lac, sur la rivière, sur le fleuve, partout ;
[The boating party, par Mary Cassatt en 1893-94]
pâles rosaces épanouies flottant dans une vasque,
pour se souvenir du voyage au delà des rives ;
[Nénuphars, par Charles Courtney Curran en 1888]
Et se laisser bercer par le vert reflux des eaux et la moiteur des vents,
Ce sont des instants de liberté plus intenses que la traversée des océans ;
[Lady with Parasol (ou The Green Boat), par Frederick Carl Frieseke en 1908]
Sur le flux bruni qui ne laisse plus rien voir de ses fonds,
En fait frémir quelques uns d’excitation et de curiosité ;
[Float day, Wellesley, par Charlotte Harding in "Athletics for college girls" en 1903]
Battant frénétiquement sous la queue des requins affamés,
n’est pas le voyage idéal pour un été en barque sur les eaux…
[The Gulf Stream, par Winslow Homer en 1899]
… Tel est le café qui subjugue tant d’entre nous ! Il est bien difficile aujourd’hui de ne pas s’entendre proposer « Un petit café ? ». Il est devenu LA référence, l’outil suprême de sociabilisation, à la place du thé jadis tant aimé, aujourd’hui dédaigné. Un auteur l’a décrit ainsi : « Noir comme le diable, Chaud comme l’enfer, Pur comme un ange, Doux comme l’amour. »
Pour mieux la vivre, préparons le précieux breuvage…
[A maid grinding coffee, par Jacobus Jahannes Lauwers vers 1780-1790]
La famille au grand complet se réunit autour d’un café chaud.
Les enfants jouent, les parents s’éveillent…
[Café du matin, de François Boucher en 1739]
Le café du matin se boit en silence,
Le regard est ailleurs, la pensée vagabonde.
[Morkenkaffen, par Harald Slott-Møller vers 1900-1910]
Elle n’a pas vu le temps passer,
Toute affairée aux fourneaux qu’elle était…
Une petite tasse de café pour souffler
Et c’est reparti pour les mets de l’après-midi !
[Une tasse de café, par Victor Gabriel Gilbert en 1877]
Dans les lueurs de l’après-midi, ils se servent une gorgée brune
et, de nouveau rêveurs, méditent aux événements du jour.
[Afternoon coffee, de James Tissot vers 1870]
Hanter les places, traquer les terrasses ;
et si le soir se fait frais, commander une petite tasse de café !
[Cafe on the Riva degli Schiavoni, par John Singer Sargent en 1880-1882]
Café-concerts, cabarets, terrasses de cafés musicaux,
tous accueillent les noctambules: fêtards, amoureux, bavards…
Et si l’alcool coule à profusion, le café n’est pas oublié pour autant !
[Café-terrasse la nuit, par Vincent Van Gogh en 1888]
Le thé est peut-être LA boisson chaude la plus populaire en peinture… Du moins, au XIXème siècle. Il a été ardu de ne choisir qu’une petite quinzaine d’oeuvres autour de cette thématique, tellement il y en avait! On verra si le café est aussi populaire dans le prochain fil rouge, mais pour l’heure vous goûterez bien un peu de ce thé au jasmin…
Entre ami(e)s dans un salon de thé ;
[ Chop Suey, par Edward Hopper en 1929 ]
on se sent comme une odalisque attendant son aimé…
[ Tea Time, par Henry Caro-Delvaille en 1902 ]
Jouant innocemment à la dînette ?
[ Lillies and tea, par Morgan Weistling en 2001 (!) ]
Par les jeunes femmes bien sur elles et contemplatives ;
[ Tea, par Mary Cassatt en 1879-1880 ]
Pour souffler un peu entre quelques tâches domestiques ;
[ Tea, par George Dunlop Leslie vers 1894 ]
le thé ne peut donc être mauvais !
[ Tea Time par Stephen Jack Myles Birket Foster vers 1860-1890 ]

Il est proposé dans les bars et les cabarets tard le soir,
[ Tea Room Tango, par Julius Muller-Massdorf vers 1900 ]
Quand tombent les feuilles frémissantes de l’automne.
[ Tea in the Park par Edward Cucuel vers 1900 ]

Comme preuve que les chatons aussi aiment le thé ?
(ou est-ce le nuage de lait qui les attire ?)
[ Teatime for kittens, par Henriette Ronner-Knip vers 1860-1890 ]
il n’est pas impossible qu’un cardinal en raffole…
(même si c’est très étrange, ma foi)
[ Teatime par Georges Croegaert vers 1880 ]
les âmes solitaires en quête de méditation
(Font-elles des Tea thoughts ?)
[ Teatime par Emilio Sala y Frances vers 1880 ]
Qui apprécient sa chaleur à l’ombre des arbres.
(même si elles n’ont pas de goût en ce qui concerne les bonnets)
[ Holyday (or the Picnic) par James Jacques Joseph Tissot en 1876 ]
Faire la vaisselle! Et ce, en tâchant de ne pas ébrécher la porcelaine…
[ Washing Dishes (or Emily and her Tea Set), par Charles Courtney Curran en 1935 ]
…Rien de tel qu’un petit cacao pour se refaire une santé !
Cependant, même si vous pétez du feu de dieu, n’hésitez pas à en savourer un bien au chaud. Pourquoi s’en priver ? On peut le voir dans un bon paquet de peintures et d’illustrations depuis l’apparition du chocolat en Europe d’ailleurs…
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On en savourait la texture dans des pièces chamarrées
Saluant les uns et conviant les autres à des bals
Le chocolat réunissait les nobles durant la journée
Chromolithographie du XIxème siècle représentant la White’s Chocolate House, à Londres vers 1708.

Mais petit à petit, on apprit à apprécier sa saveur
Dans la plénitude d’une pièce confortable et silencieuse
La paix et le plaisir étaient enfin réunis par l’humeur
de ce liquide brun bu dans une atmosphère plus chaleureuse
A Lady pouring chocolate (Une dame versant du chocolat), par Jean-Etienne Liotard en 1744

Au fil du temps, sa dégustation se fit plus courante
On lui donna tous les bénéfices, toutes les valeurs
On le servit d’abord chez les nobles à tout moment
Plaisir, remède, remontant, voire même en liqueur
La cioccolata del mattino (le chocolat du matin), par le peintre vénitien Pietro Longhi – vers 1775-1780

Même les animaux y eurent un jour droit
Le nectar des dieux aztèques se partage
Malheur à ceux qui, trop voraces ma foi
Le gardent trop jalousement en cage
For a Good Boy, par Mary Hayllar – 1880

Le divin breuvage devint accessible à toutes les bourses
Et, sur les terrasses des cafés, il est désormais un des favoris
Les commandes fusent de partout, comme dans une course
Le refrain: « Mademoiselle, un chocolat ! » « Et un viennois aussi ! »
Publicité pour le cacao Karstel, par J. Van Caspel

Et quel plaisir de voir la chocolatière arriver
Portant haut un plateau de tasses de porcelaine
Recelant des rations de la douce boisson sucrée
Et, à côté, de l’eau bien fraîche en pichet
La Belle Chocolatière, de Jean-Etienne Liotard – vers 1743-1745

Enfin le boire et sentir la frénésie tressauter puis s’en aller
Le calme revient quand il glisse au creux du ventre,
Lissant les noeuds, les tensions et nous laissant rassurée
On se détend et on laisse son esprit se faire chantre
Un Chocolat Chaud, par Raimundo Madrazo y Garreta – au XIXème siècle
L’Hiver est bel et bien là, avec tous ses comparses : la froidure, le mistral, la pluie drue, la neige parfois, mais surtout: Dame Nuit. Cette Lady étend son noir dais sur nos têtes tous les jours de l’an, mais seul Hiver lui permet d’entrer en scène aussi longtemps qu’elle le souhaite. Seul Hiver est sensible à ses charmes et aux sombres secrets qu’elle dissimule; les autres saisons de l’année s’en défient sans pouvoir l’écarter tout à fait. Mais quand Dame Nuit est là, tâchons d’en faire notre amie. Quand elle passe, c’est l’occasion de faire une belle flambée, d’allumer les lumignons aux fenêtres et de porter haut les lanternes. Pourquoi réserver ces « grosses dames hydopiques » que sont les lanternes aux nuits d’été? Dans le manteau glacé de la Nuit courtisée par Hiver, elles peuvent répondre aux étoiles!

Déjà les petits Pierrots accourent, chapeau blanc et pompons noirs
Mettent le feu dans les entrailles de la lanterne qui se dore
Elle fait alors briller les yeux et revenir les chaudes mémoires ;
Les Porteurs de Lanternes, par Maxfield Parrish (1908)
Vu sur The Blue Lantern

Les petits aussi sont de la partie,
Ils tiennent les boules de papier entre leurs mains
En ayant l’impression de porter la vie
Et n’osent s’en servir pour leurs jeux enfantins ;
Carnation Lily, Lily, Rose par John Singer Sargent (1885-6)

Et on les promène sur l’onde
Illuminant les noirceurs mouvantes
A la mémoire d’Ophélie, cette folle émouvante
Certains que telle est la marche du monde ;
Promenade sur la rivière, par Percy W. Gibbs (1918-9)

Les rituels terminés, la fête peut commencer !
La musique apparaît et réchauffe les coeurs
Les voix s’élèvent toutes en choeur
Ranimant dans ces durs moments les joies de l’année ;
Les amusements d’une nuit vénitienne, par Maxfield Parrish (1903)

Et si le printemps est toujours absent,
Rien n’empêche les amours de se lier et de se délier
Car les coeurs battent tout l’an
Et l’hiver, ils ne demandent qu’à se réchauffer ;
L’intrigue nocturne, par Gaston de Latouche



































