Bon allez, on reprend ! Dans diverses bulles (l’Affaire de la tête Maorie, notamment), j’avais évoqué le problème de l’inaliénabilité, en vous promettant que j’en causerai ultérieurement… Je pense que je vous ai fait assez gambergé maintenant. Donc, hop hop, je vous sers ça tout de suite…
issue d’un article de Femme Actuelle (no comment) hélas plus disponible aujourd’hui
Inaliénabilité : C’est quoi ?
Cette fois, Maître Wikipédia est bien muet, aussi tournons-nous vers d’autres Sages… L’Inaliénabilité étant une loi, économique de sucroît, tendons l’oreille ; des Echos viennent jusqu’à nous :
La clause d’inaliénabilité fait exception au principe de la libre disposition des biens donnés ou légués. Elle interdit au bénéficiaire :
* d’aliéner les biens reçus (les donner, les vendre),
* et parfois de les gager ou les hypothéquer.
[...]
La clause d’inaliénabilité a pour effet d’interdire les actes de disposition portant sur les biens donnés ou légués, mais non les actes d’administration.Guide sur le choix de la gestion des biens transmis, les Echos.
Là, c’est une clause assez large qui concerne un peu tout le monde et pas seulement le monde muséal et artistique… Cependant les principes sont grosso modo les mêmes : empêcher la vente, le gage et l’hypothèque des objets classés et des monuments historiques, afin de les préserver de l’Envie de quelque quidam.
Ce principe existait depuis l’époque monarchique, sous laquelle avait été formulée une loi d’inaliénabilité du domaine royal (merci Wikip’, qui cette fois est plus loquace) :
La loi d’inaliénabilité du domaine royal est une loi fondamentale qui rend inaliénable le domaine royal. Indisponible car extra-patrimonial, possession de la Couronne dont le roi est l’usufruitier viager et qui doit être transmise à ses successeurs.
La couronne n’est pas un patrimoine héréditaire, dont le successeur pourrait faire ce que bon lui semble (le refuser par exemple). La couronne est transmise au moment même où le souverain décède à son fils aîné. Le Dauphin n’hérite pas du roi, il naît avec cette disposition héréditaire, et ce n’est pas le sacre qui le fait roi. Par exemple, Jean Ier le Posthume n’a jamais été sacré (il est mort à 5 jours), pourtant il est compté parmi les rois de France. Dans Le Songe du Vergier, Evrart de Trémaugon formule un grand principe juridique : « le mort saisit le vif », c’est-à-dire que le fils vivant ne peut renier son héritage, comme si ce dernier l’appelait, l’aspirait…
Les débuts de ce merdier
La polémique autour de l’aliénabilité des collections publiques existe de longue date. Ce principe a d’ailleurs été mis en place dans certains pays, tels que les Etats-Unis (et là, puisqu’ils ne parlent pas la même langue que nous, je rappelle que l’aliénabilité est mieux connue sous le nom de deaccessionning)… En France, le débat a été soulevé plusieurs fois, mais était rapidement rejeté. Cependant, le 4 décembre 2006, le feu renaît sous la cendre : un rapport sur l’économie de l’immatériel, par MM. Lévy et Jouyet [pdf] est déposé au ministère des Finances. Je n’en connais pas très bien le contenu, mais force est de constater qu’il a été sur-interprété dans le cas des collections muséales qui sont alors considérés comme une force économique immatérielle (!). Déjà que les monuments historiques et les oeuvres d’art ne sont pas -en général- immatérielles, mais bien matérielles, mais qu’en plus les musées n’ont aucunement pour vocation d’être « rentables »… Bref. Quoi que je pense de la stupidité de cette interprétation, le ver était déjà dans la pomme… Ainsi, lorsque le Séprident de la Pérublique (copyright Angel et sa Taie d’Oreiller corrosive) envoya ses lettres de mission aux différents ministres, une bombe se cachait dans le lot : la lettre de mission de Christine Albanel [pdf]. Dans cette missive, il demande la mise en place d’une aliénabilité des collections publiques, ou du moins une réflexion sur le sujet… Je ne vous dis pas le tollé que ça a fait, vous le voyez bien vous même dans la presse ! Toujours est-il que cette lettre est trèèèèès contestée et qu’elle a donné lieu à une contre-lettre collective que vous pouvez d’ailleurs signer.
Mais comment ça se passe chez les autres ?
Lénine et les nazis
Dans l’Histoire qui est la nôtre, quelques tentatives d’aliénabilité ont eu lieu, surtout dans des pays autoritaires, quelque soit leur bord politique. Pour eux, ce procédé n’a pas eu de retour vraiment intéressant. En effet, not’bon Lénine et son URSS avaient organisé, pour renflouer les caisses de l’Etat, une vente d’oeuvres de mauvaise qualité, donc inintéressantes pour la grandeur des musées communistes… Mais voilà, le problème est que si ce n’est pas intéressant pour eux, ça ne l’est pas non plus pour d’autres musées ! Les nazis autrichiens, eux, procédaient à l’aliénabilité des collections publiques pour des raisons idéologiques : ils rejetaient l’art considéré comme « dégénéré » (des tableaux et des esquisses d’Egon Schiele notamment). Aujourd’hui, ils s’en mordent les doigts, car ils n’ont presque pas d’oeuvres de ces artistes dans leurs fonds…Or ces artistes sont très réputés ! Ironie de l’histoire, quand tu nous tiens…
Les USA et le deaccessioning
S’il fallait évoquer un pays où l’aliénabilité est vraiment une institution, ce sont bien les States ! Mais là bas, le sujet est également manipulé avec précautions. La loi est plutôt rigoureuse, mais il y a toujours des travers : on ne doit vendre que si on n’a des équivalents de valeur égale ou supérieur dans le fonds, et ce dans le but d’enrichir ou de diversifier les collections. Quelques exemples : une université vendit quatre grands tableaux exceptionnels pour renflouer les caisses de l’institution. Les oeuvres ne sont non plus culturelles mais lucratives dans ce cas… Une fondation mexicaine a, elle, vend un exemplaire du Coran rarissime… Le plus ancien exemplaire manuscrit existant. Où est la cohérence là dedans ? Soulevons également le problème de la protection de ces oeuvres lors de la cession : est-on vraiment sûrs que ces oeuvres ne vont pas être gravement endommagées ? Pour d’autres exemples, allez voir l’éditorial de la Tribune de l’Art du 17 décembre 2006.
Le casse-tête français
Changement de regard sur les musées depuis 20 ans
Les musées sont devenus plus spectaculaires, plus lucratifs : notons d’ailleurs la présence d’une entreprise liée aux musées pour les boutiques !… En outre, depuis quelques temps, malheureusement, l’Etat se dégage de plus en plus de sa responsabilité d’aides aux musées : ceux-ci doivent donc trouver des fonds pour pouvoir survivre et mettre le fonds en valeur. Une politique événementielle est donc mise en place, afin d’attirer l’intérêt des gens, non pas par soif d’érudition, mais par soif de nouveautés… Beaucoup de livres portent sur ce problème. Vous pouvez d’ailleurs voir les publications de l’Observatoire des Politiques Culturelles à Grenoble (ou Gregre pour les intimes).
Débat né d’une préconception fausse
Le débat est né du cliché comme quoi les réserves muséales seraient pleines à craquer. Christine Albanel disait d’ailleurs qu’elle souhaitait « faire respirer les collections »… Faux. Certes, certains musées ont plus que leur part du fonds artistique (le Pompidou par exemple, ou le musée de Sèvres qui a laissé en dépôt des oeuvres au musée d’arts décoratifs de Bordeaux. (voir la bulle sur les collections muséales à ce propos)
Mais, avec cette « idée brillante » qu’est l’aliénabilité, on a toujours des soucis : quoi vendre ? Les choix sont forcément subjectifs et dépendent des conservateurs. D’une part, si l’on cède des oeuvres pauvres : cela ne renflouera pas les caisses ! Quel intérêt alors ? D’autre part : il faut prendre en considération le fait que les oeuvres changent de valeur au fil des siècles. Nous pouvons simplement citer les tableaux du XVIIIe ou XIXe, comme celles du bon Frago, considérés comme de la m… Des exemples plus originaux que celui que je viens d’évoquer sont présentés dans divers articles de la Tribune de l’Art, dont celui-ci qui est une bonne synthèse du problème de l’aliénabilité.
Bon, je crache et je râle sur tout ça, mais le débat ainsi soulevé a tout de même un intérêt : celui de remettre les réserves au centre des préoccupations muséales, avec un questionnement sur la conservation, la restauration, la sécurité des dépôts…
La conclusion ?…
Face au tollé ambiant, Christine Albanel s’est un peu ratatinée et a demandé une enquête sur le sujet, avant de décider quoi que ce soit, même si elle avait fait siennes les idées du Séprident et du rapport Lévy-Jouyet… Bon, on a eu peur, une andouille s’était hâtée de publier une proposition de loi sur l’aliénabilité avant même que les conclusions de l’enquête menée par Jacques Rigaud ne soit rendues, à la mi-janvier. Cette andouille a été proprement fustigée (limite lynchée) par diverses entités, dont la Tribune de l’Art que je ne me lasse décidément pas de citer… Mais, ouf, ça y est, le rapport (de 100 pages, tout de même) du brave Rigaud est clair : pas d’aliénabilité pour les collections publiques, SAUF peut-être en ce qui concerne le FNAC (Fonds National d’Art Contemporain). Bravo pour cette prise de position, sur laquelle se calque maintenant Christine Albanel !
Mais, il y a un mais… Cette conclusion est révélatrice d’un point de vue politique très courant : le mépris flagrant de l’art contemporain (je reconnais que ca ne me touche pas particulièrement l’art contemporain, mais j’en vois bien l’intérêt et l’importance !…) Effectivement, les hommes politiques promettent souvent la suppression des FRAC (Fonds Régionaux d’Art Contemporain) pour s’attirer le vote d’une frange de la société. Le problème de l’aliénabilité n’est donc pas vraiment résolu… A suivre ?… D’autant plus qu’en ce moment, on est en train de restructurer le ministère de la Culture pour limiter les frais (je crois que pour ça, faudrait commencer par réduire un certain salaire qui a augmenté de 140%…). D’où, peut être, des changements de politiques culturelles, et des prises de positions plus radicales sur certains sujets.
Maintenant que nous avons placé la formation des collections muséales dans leur contexte, on peut s’intéresser aux objets et oeuvres d’art issus de la colonisation ! C’est un sujet assez dense (comme d’habitude, huhu), j’espère que vous vous endormirez pas avant la fin… Résistez un peu à la somnolence et vous vous coucherez moins cons ce soir !

D’abord, une p’tite définition des objets muséographiques par le site de Jonga i Africa:
[ce] sont des objets exposés, classés et étudiés à l’intérieur d’un musée. Ils sont la preuve de contextes, de lieux et de temps différents. Ils subissent une décontextualisation et une recontextualisation en musée, ils acquièrent par ce processus de nouvelles significations et perdent leur origine. Dans une collection, les objets prennent sens dans le système, l’ordre relationnel, temporel et sentimental. [...] L’objet perd sa vie et gagne du sens, sens attribué par le collectionneur. Dans un musée, l’autre est immobilisé dans l’univers de la répétition, glacé dans un temps authentique, muséifié. La récolte d’objets est toujours intimement liée à des relations de pouvoir avec les indigènes, relations qui ont une forte influence sur les objets.
Avant d’aller plus loin, il faut se rappeler que la mentalité et la culture des époques évoquées sont différentes des nôtres, malgré quelques similitudes. Pas la peine donc d’être choqués par les exactions de nos aïeux…
Regard différent sur l’autre
Au XVIIIème et XIXème siècle, les européens ne connaissaient encore qu’assez peu les ethnies extra-occidentales, malgré les voyages des explorateurs et leurs témoignages divers. De ce fait, ils étaient facilement effrayés de voir des gens différents d’eux, tant par la couleur de la peau que par la langue ou le look. D’ailleurs, sur le Champ de Mars, à Paris, il y avait une foire aux monstres (ces foires inspirèrent le film du Freaks Show dont vous pouvez voir un extrait en VOST sur ce blog) qui exhibait un « primitif », un « négrillon » à côté d’un plus grand noir, en plus de la femme à tête d’épingle, de l’homme-éléphant… Ces « primitifs », on les classait du plus foncé au plus clair. Imaginez un peu la surprise que cela provoquait chez les bonnes gens de Paris, qui n’avaient jamais, de toute leur vie, vu un africain ou un asiatique… Il y a 150 ans, on avait peu de médias, et seules les élites lisaient et se tenaient au courant des événements internationaux. Pas étonnant alors que l’étranger effraie : on ne le connaissait pas du tout.
Le terme de « primitif » est d’ailleurs lourd de sens : il signifie que les personnes dites primitives viennent de tribus au même stade que la société occidentale de la préhistoire… Cette conception est née en partie de la révolution que fut le livre de Darwin « l’origine des espèces », publié en 1859. On y découvre la notion d’évolutionnisme biologique pour fonder -à tort- l’évolutionnisme culturel et social. Sommes nous sortis de cette notion aujourd’hui ? Pas sûr… D’ailleurs, l’organisation des collections nées du colonialisme sera basée sur l’idée de comparaison entre cultures archaïques et sociétés primitives. Les civilisations occidentales, asiatiques seront valorisées face aux sociétés –voire tribus !- primitives.
Pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, on souhait bâtir une science de l’homme sur des bases scientifiques. Les sciences naturelles seront prises pour modèles et donneront le jour à l’ethnologie et l’anthropologie. On s’interrogera sur l’unité ou la diversité de l’espèce humaine -races ou pas?- , suite à la science des caractères physiques et moraux des humains : mesure du crâne, mesure du cerveau selon les ethnies… Ces différentes sciences qui ont pour but de comprendre le fonctionnement des êtres humains sous les angles psychologique et physique vont d’ailleurs fortement influer sur les musées liés au colonialisme : ceux-ci doivent être des labos d’expérimentation des savoirs, dans des lieux où il était possible de tester les hypothèses émises sur ces savoirs et les valider.
Ca va, vous suivez toujours ?
Pour résumer : on connaissait rien du monde, rien des étrangers, mais on se considérait comme supérieurs à eux, par fierté et vanité (vanité… Un mot qui va revenir dans un prochain post d’ailleurs!), et on cherchait des preuves scientifiques pour prouver cela. Les musées ethnographiques seront alors des laboratoires d’analyse pour ça. (mais bon, pas mal de résultats ont été modifiés, voire interprétés… Qui a dit que la science est objective ? La preuve dans cet article de Sirtin!)
Les objets du colonialisme, des oeuvres d’art ?…
…Pas tout de suite ! Ils passeront du statut de curiosités à celui d’objets scientifiques avant de devenir des objets d’art et enfin des objets commerciaux.
Le phénomène de la colonisation commence au XVème siècle, avec l’arrivée des Portugais en Afrique noire. A partir de ce moment là, les objets non-occidentaux intriguent, voire émerveillent les européens de par leur iconographie différente, originale, complexe ou minimaliste, colorée ou sobre, mais les préjugés prédominent toujours. En effet, si ces objets semblent correspondre au goût de l’époque, leur destination religieuse ou rituelle est jugée de façon négative, selon des critères occidentaux. Ces objets se retrouvent généralement dans les cabinets de curiosité dont j’ai déjà rapidement parlé dans le volet précédent… Mais les intérêts ne s’éveillent vraiment qu’au XVIIIème siècle, lorsque l’or et l’ivoire africains arrivent sur le marché. (par contre les scuptures africaines n’intéressent pas et finissent au bûcher…car considérés comme impies.)
C’était la période « curiosités ».
A la fin du XVIIIème siècle, les expéditions lointaines changent de nature : on souhaite, au siècle des Lumières, réunir des observations précises dans tous les domaines du savoir (l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert est un exemple de cette soif de connaissances et de compilations du savoir)
Dans cette quête, les philosophes inventent l’image du « bon sauvage », symbole qui exprime une remise en cause de l’homme en société. Mais très vite cette vision cède la place à celle du sauvage frustre qu’il faut civiliser… La figure grotesque et monstrueuse du sauvage prend le dessus, et amène la condamnation morale de ce dernier. L’objet est primitif, grossier, rudimentaire, grotesque car trop éloigné des arts classiques européens, mais également parce que sa signification est censée servir de support à des croyances païennes et démoniaques. Le jugement esthétique va donc de paire avec la condamnation morale des productions non occidentales…
Cependant, avec l’évolutionnisme biologique de Darwin, transposé en évolutionnisme social -contre le gré du pauvre Darwin-, l’homme sauvage est pris pour un fossile vivant de l’espèce humaine. Les peuples non occidentaux représentent les différents stades d’évolution des civilisations, et le peuple occidental représente -forcément!- la phase la plus aboutie de cette évolution. Cette perspective justifiera plus tard le colonialisme, la grande mission civilisatrice. les musées viennent au jour, petit à petit, et doivent assembler des oeuvres, d’art ou non, pour témoigner de la variété des cultures (et valoriser la nation-mère, au passage). Avec cette démarche, les oeuvres indigènes deviennent non plus des merveilles, mais des outils scientifiques, qui doivent être préservés, comparés et interprétés.
C’était la période « objets scientifiques »… Et c’est à partir de ce moment-là qu’ils seront importés en France et en Europe.
Apport de ce bazar en France
On est en pleine révolution industrielle, vers la modernité. Le paysage se transforme, du rural à l’urbain. Les explorateurs se retrouvent alors face à des cultures opposées aux occidentales en terme d’industrialisation, d’écriture, d’arts… Ce qui renforce le principe classificatoire en vogue à l’époque : les races humaines du moins développé au plus développé. Selon notre position dans cette échelle, la perception des objets est censée est plus ou moins évoluées…
Dans les années 1884-1886 a lieu la Conférence de Berlin sur le partage de l’Afrique. Pour résumer cette conf’, on y a coupé la galette Afrique en parts entre les différents pays! L’histoire ne dit pas qui a eu la fève, par contre… Peut-être est-ce pour cela qu’ils le referont avec la Chine en 1905 ?…
A partir de ce moment, deux utilisations de la production extra-occidentale :
- dans les expositions universelles et coloniales, à partir de 1851: pour étaler toutes les richesses des empires et le savoir-faire de chaque nation et sous-nation, les objets et les humains sont exposés… Voir d’ailleurs la photographie reproduite ci-dessus pour exemple.
- dans les musées ethnographiques : les collections nationales des sociétés occidentales se constituent, sous forme de collecte systématique (ou plutôt de pillages…) et avec comme toile de fond l’expansion coloniale et l’essor missionnaire. Franz Boas (le père de l’ethnologie américaine) dira d’ailleurs: « Achetons en masse, pour sauver de la destruction, les produits de la civilisation des sauvages et accumulons-les dans nos musées ».
Mais à la fin des années 1880, les critiques commencent à se faire entendre sur la position évolutionniste. On insiste enfin sur l’importance de la contextualisation des objets. Mais il faut encore attendre le début du XXème siècle pour voir apparaître les galeries d’art primitif, qui annoncent le changement de statut des oeuvres indigènes, d’outil scientifique à oeuvre d’art, sous l’impulsion des artistes fauves ou cubistes notamment. André Breton en parlera beaucoup, Man Ray en photographiera…
L’art dit « nègre » semble être reconnu, il entre dans le patrimoine universel des formes. Mais il est toujours appelé art primitif, ce qui renvoie au fait que l’art africain est interprété comme le stade premier de l’évolution…. De plus, si l’on s’intéresse de plus près à l’intérêt des artistes fauves pour l’art africain, on pige vite que ces objets sont surtout une source d’inspiration pour le renouvellement de l’art occidental. Ils ne sont pas appréciés pour leur propre valeur, mais jugés selon les critères occidentaux de l’époque; on s’en fait une conception occidentale. Les œuvres de l’art africain perdent à cette époque leur contexte et leur signification pour répondre à des critères occidentaux uniquement esthétiques…
En outre, les pratiques coloniales n’ont pas encore disparu (rah la la, ce sont de vieilles carnes, ces pratiques) : la mission Dakar Djibouti, en 1931, qui vise une immense récolte afin de combler les lacunes du musée ethnographique du Trocadéro, en est la preuve. Le mouvement des surréalistes réagit contre cet état d’esprit en boycottant les expositions nationales.
Les musées ethnographiques ou coloniaux furent, jusque dans les années 1960 -indépendance de l’Afrique-, un laboratoire indispensable aux recherches de terrain. On y juxtaposait des styles, des objets variés à destination diverses, parfois dans le but de commémorer les missions passées. Aujourd’hui, les musées ethnographiques et leurs fonds posent un certain nombre de questions (et d’emmerdes). On essaie de changer la présentation et le regard porté sur les oeuvres issues de la colonisation, on change le nom des musées qui s’y rapportent (musées de société, de cultures, du monde… Ca chie du marbre.)
D’ailleurs, en 1997, apparaîtra le débat autour du musée du quai Branly qui s’ouvre en 2005. Le musée du quai Branly enterre la hache de guerre entre ethnologues et esthètes, entre art et science. « Notre ignorance est presque totale des goûts et des concepts sur la base desquels les normes esthétiques de ces peuples pourraient être définies de façon autre qu’extérieure »: cette phrase de Michel Leiris résume bien le casse-tête (chinois) de ces musées… Pour résumer, un musée ne peut être jugé qu’en fonction d’un contexte culturel, « Il est le reflet de la société qui le construit et non des cultures qu’il montre ; il doit se garder d’asséner sa vérité ».
C’est d’ailleurs face à ces problèmes et au changement de mentalités vis à vis des cultures extra-occidentales que la ville de Rouen a jugé plus correct de rendre la tête de guerrier maori qui était dans les collections de son Museum depuis 1875. Affaire toujours suspendue jusque là…
A propos des restes humains…
Leur entrée dans les musées n’était pas uniquement dans un « souci » scientifique ; elle est aussi liée à cette fascination pour le macabre que j’ai déjà évoqué par ci par là. D’ailleurs, un bouquin qui illustre bien ça, c’est Histoires d’Os et autres illustres abattis, de Clémentine Portier-Kaltenbach. L’écriture est un peu monotone, malgré quelques tentatives d’humour, mais les faits évoqués sont sidérants ! Quelques exemples : Un os du bassin de Descartes fut utilisé pour des bagues ; le crâne de Charlotte Corday a été volé sur le chemin vers les fosses communes où elle devait être enterrée ; la tête présumée de Henri IV fut vendue aux enchères en 1919, et ainsi de suite…
Pfou ! Vous pouvez maintenant aller faire la sieste digestive, après avoir bu un p’tit noir (ou un p’tit marron, ou un p’tit blanc, selon vos goûts)…
Comme tout ce qui a de la valeur, les objets qui font partie des collections de musées ont pour la plupart eu des parcours chaotiques, des ‘vies’ trépidantes : ils passent de main en main, de façon plus ou moins légale, avant d’arriver dans les réserves muséales où ils ne connaissent pas toujours la paix… Tout est imaginable : vols, copies, saisies, commerce, diplomatie, pillage… Petit synopsis des origines d’oeuvres d’art exposées en musée ! (On n’y parlera pas des achats faits par les musées, trop « banal »).
Les collections royales
Les premiers « musées », nés autour du XVIème siècle, étaient dans leur grande majorité des cabinets de curiosité ou des studiolo, constitués par des érudits et des nobles à destination de l’aristocratie, et des familles royales en particulier. On y présentait des tableaux, des objets curieux, des merveilles… Et de ce fait naquit une sorte de politique culturelle et artistique.
Ainsi, les artistes italiens sont-ils invités à Fontainebleau pour en refaire l’intérieur : je pense tout particulièrement à la galerie François Ier. Voilà pour la première origine des collections : les commandes artistiques.
Connaissant l’intérêt du roi pour l’art maniériste italien, le duc de Florence, Cosimo de Medicis, fait cadeau d’une admirable -mais très curieuse- peinture de Bronzino « Vénus et Cupidon« . Deuxième origine donc : les cadeaux diplomatiques.
Le fric n’est pas à oublier non plus : Louis XIV achètera d’ailleurs une collection de 200 tableaux et 5500 dessins (mazette !) à un banquier d’origine allemande, Everhard Jabach. En somme, troisième source : les achats de collections
Mais forcément, les gars qui gouvernaient ne s’envoyaient pas perpétuellement des cadeaux ! Ils étaient également belliqueux, assoiffés de pouvoir… Et les oeuvres d’art sont un moyen de montrer cette puissance. D’où quatrième origine : dettes et pillages. Le vase de Soissons devait d’ailleurs faire partie d’un trésor royal, s’il n’avait pas été brisé…
On évoquera plus loin le cas de Napoléon, qui s’est particulièrement illustré en la matière : il avait pigé le truc, sans être fana d’art…
Le marché de l’art
Plus tard, à la Cour de France, l’Académie royale de peinture organise des Salons de peinture bisannuels, afin de présenter les oeuvres des artistes sous la protection du « big boss ». De là naquit le premier vrai marché de l’art public : les peintures n’étaient plus uniquement destinés au clergé (d’où la profusion de peintures religieuses et moralistes…) ou aux princes régnants (d’où les tableaux pompeux et la « peinture d’histoire » glorifiant des évenements historiques ou mythologiques…).
Avec cette naissance apparaissent des collections bourgeoises, donc une demande artistique différente : les oeuvres d’art se diversifient.
Enfin, la Révolution française change les regards sur beaucoup de choses, notamment sur la culture et les oeuvres d’art : celles-ci doivent être accessibles au public. L’on procède (enfin, « procède »…) donc à des saisies d’oeuvres d’art -Encore une origine !- et le Louvre devient alors le premier musée officiellement public (mais uniquement le mercredi et le samedi jusque dans les années 1830, si je me souviens bien -pas que j’ai vécu cette époque, hein-). Par là, le gouvernement en place souhaitait alimenter les élans patriotiques en parlant de la gloire de l’Etat, de la richesse de son territoire et de ses oeuvres, etc etc. En gros, les premiers musées permettent le nombrilisme national…
Pour forcer l’admiration des publics, les oeuvres d’art étaient regroupées et arrangées de telle façon à ce que l’on ait l’impression de découvrir un butin… Une mise en scène qui sera utilisée jusqu’en 1940.
Napoléon, grand protecteur des arts ou voleur ?
Dans tout ce bazar, débarque Napoléon « ze first ». Il a une attitude très tranchée vis-à-vis des arts : ses préoccupations politiques (« my preciouusss ! » pourrait-on presque l’entendre bramer) le conduisent à penser que soutenir les arts était nécessaire à sa gestion de la France, à son image, à sa puissance. Est-ce une attitude pragmatique ? ou un goût marqué pour les arts ? Les deux thèses ont été débattues dans les études de Gérard Hubert et de Ferdinand Boyer.
Quoiqu’il en soit, il se distingue par un enrichissement des collections quelque peu discutable -et d’ailleurs discuté-, en plus des méthodes d’acquisitions déjà mentionnées plus haut : achats, commandes (le couronnement de Joséphine, par David, en fait partie), cadeaux diplomatiques… Il développera surtout le thème des dettes de guerre et des pillages !
Deux exemples parmi les plus connus, même s’il n’est pas encore empereur à la date de ces faits, mais simplement général des armées :
- En 1797, lors de l’invasion de Venise, vingt tableaux sont exigés, ainsi que les « Chevaux de Saint Marc ».
- Quelque mois plus tôt avait eu lieu la campagne d’Italie. Suite à la victoire française, tableaux, manuscrits, sculptures et Antiques sont confisqués. L’arrivée des œuvres d’art en France est orchestrée : des défilés à la manière des Triomphes romains sont organisés. Pour exemple, on peut lire la description de la « Fête de la liberté et entrée triomphale des œuvres des sciences et des arts de l’Italie » des 8 et 9 Thermidor (août 1796) : les objets arrivent par bateau sur la Seine.
Ces années-là furent une période de pillage des collections des princes italiens et des églises. Dans les églises, on remplaçait les tableaux par d’autres œuvres mineures. Les œuvres rapportées par les commissaires étaient restaurées.
Heureusement, ces « acquisitions » ne passent pas inaperçues. De nombreux pamphlets circuleront, sous la forme de lettres amoureuses : ce sont les « Lettres à Miranda sur le déplacement des monuments de l’art de l’Italie« , de Quatremère de Quincy.
Qu’est-ce que l’œuvre d’art ? Peut-on impunément l’arracher à son milieu géographique et historique, esthétique, sociologique ? En s’élevant dans ses Lettres à Miranda (1796) contre la politique de spoliation voulue par le Directoire et menée à bien par Bonaparte en Italie, Quatremère de Quincy prend parti dans une querelle nationale. D’un côté ceux qui veulent prélever dans toute l’Europe et ramener de force à Paris les plus grands chefs-d’œuvre pour faire de la capitale révolutionnaire l’héritière d’Athènes et de Rome ; de l’autre ceux pour qui l’œuvre ne prend sens que du contexte où elle se déploie. Pour Quatremère « diviser c’est détruire », et Rome est un « grand livre » dont il importe de tenir ensemble toutes les pages. « Le pays est lui-même le museum », écrit-il, faisant du lieu et non plus de l’objet l’unité indivise de l’art.
Ces Lettres sont très lues, à tel point qu’une pétition est adressée au Directoire le 16 août 1796 : « cinquante artistes pour appuyer les thèses de Quatremère de Quincy » concernant le déplacement des œuvres de Rome. Cependant, à cette pétition répond de manière contradictoire celle du 30 octobre 1796 « pour soutenir la politique des saisies d’œuvres d’art en Italie ». Un beau souk, qui m’en rappelle d’autres très contemporains, comme celui du Louvre Abou Dhabi… Nos aïeux, plus sages que nous ?… Pas vraiment !
Dettes et vols
A ces pillages napoléonesques s’ajoutent diverses fraudes et ventes -plus ou moins- forcées…Choses qui se font -hélas- toujours aujourd’hui.
Dans cette catégorie, nous avons deux gars : Pierre-Ernest de Mansfeld et le marquis de Campana
L’un, criblé de dettes, a légué son château et ses collections de peintures et de sculptures au roi Philippe III d’Espagne. Sa donation comprenait plus de 300 tableaux et 50 sculptures qui ont été acheminées vers Madrid. Gageons que s’il avait pu, il aurait tout gardé pour lui…
L’autre conduit des fouilles à Ostie, Velletri… mais c’est aussi un collectionneur avide, aux achats boulimiques. Il fraude, alors qu’il est à la tête du mont de Piété à Rome. En 1857, il est arrêté, condamné à 20 ans de galères et, pour le Pape Pie X, banni perpétuellement (pas cool le Pape, hein ?). En 1861, Napoléon III acquiert 11 835 objets de la collection Campana (dont le Sarcophage des Epoux, considéré comme un des chefs d’œuvres de l’art étrusque) mais cela ne représente pas l’intégralité (!) car des œuvres étaient déjà parties au Virginia and Albert Museum de Londres et à l’Hermitage de Saint-Pétersbourg. Comme l’achat de Napoléon III -qui était pote avec Campana- est critiqué, les conservateurs ont distribué une grande partie des œuvres dans les musées de province. (Ils en avaient besoin d’ailleurs, les plus belles oeuvres présentées dans ces musées avaient été envoyées au Louvre, afin de faire de Paris LA capitale culturelle de son temps…)
Ce genre d’affaires, il y en a encore aujourd’hui. On peut d’ailleurs évoquer le cas du musée américain Getty, dont la conservatrice est impliquée dans un trafic d’antiquités en Grèce… Qui a dit que la culture c’est rasoir ?
Conquêtes, Guerres et autres…
Je ne vais pas m’étendre beaucoup, vous avez déjà pigé le topo. Pendant les guerres, tout est moche, tout le monde il est vilain, tout le monde il est malhonnête. On peut évoquer sur ce coup-là la spoliation des juifs pendant la seconde guerre mondiale (nombre d’oeuvres n’ont toujours pas retrouvé leur propriétaire) ; le vol du Trésor de Priam, à l’origine à Athènes, par la Russie ; l’envoi des frises du Parthénon en Angleterre, par Lord Elgin qui dira d’ailleurs « Mon action en Grèce a été motivée par le désir d’assurer à la Grande-Bretagne et à l’Europe entière la meilleure connaissance possible, fondée sur les œuvres les plus exceptionnelles. » No comment.
On peut ajouter à tout cela, les copies pour se faire du pognon quand on en a pas, mais qu’on est plutôt doué de ses p’tites menottes… Pour exemple, le dernier scandale en date : le faux « Faune » de Gauguin, par la famille Greenhalgh [img].
…Les dons, legs et dépôts, tout simplement !
C’est la méthode des honnêtes gens, donc forcément c’est plus ennuyeux pour ceux qui aiment les histoires tortueuses à rebondissements… Au XIXème siècle, les musées ont bénéficié de nombreux dons (quand t’es encore vivant et que tu te sens généreux) et legs (quand t’es mourant et que tu veux donner des oeuvres en ta possession à ta mort) de familles bourgeoises ou aristocrates.
Parlons de deux braves types qui ont fait ça :
- Alfred Chauchard était un simple restaurateur qui fonda par la suite les grands magasins du Louvre. De 1885 à 1909, Alfred Chauchard s’est consacré uniquement à la constitution de sa collection, achetant des œuvres sûres, quel qu’en soit le prix. Son legs fut composé de 160 œuvres importantes, aujourd’hui présentées au musée d’Orsay.
- Etienne Moreau-Nélaton fut peintre, graveur, affichiste, céramiste, historien de l’art, mais aussi normalien. Il est auteur de monographies sur Corot, Manet, Delacroix, Millet… Son grand-père était collectionneur, son père aussi. Il fait don en 1906 de 100 tableaux au Louvre.
Après, il y a des dons ou legs un peu orthodoxes… Comme le legs de Solange Granday-Prestel : dans son testament de 1971, elle lègue au Louvre ses biens c’est-à-dire essentiellement des terres agricoles pour entretenir et acheter des tableaux pour le Louvre. Une grande partie permet l’acquisition du « Saint Thomas à la pique » de Georges de La Tour.
Eh ! On a parlé des legs, des dons, mais c’est quoi un dépôt ? Ca, c’est quand on prête une oeuvre ou une collection parce qu’on n’a pas la possibilité de la (les) conserver. Il y en eut beaucoup pendant la seconde Guerre Mondiale.
Conclusion (enfin !)
… Bon, là, on peut dire qu’on a une idée générale de comment les oeuvres d’art « entrent » au musée… Sauf pour un événement historique majeur qui a eu des conséquences importantes : la colonisation. C’est de là que vient la tête maorie dont on parlait plus tôt, après tout… La suite au prochain numéro donc !
…Voilà bien un récit digne de Tintin, dans la même veine que « Tintin et les sept boules de cristal » (de 1948…ça date!). Le cher et tendre (dont la chair est certes tendre, mais là n’est pas le sujet qui nous occupe), intrigué par une dépêche dans son dernier « Science et Avenir », me demande des explications sur le sujet. Voici la brève :
« La tête maorie reste à Rouen – La justice s’oppose à la restitution à la Nouvelle-Zélande de la tête momifiée maorie conservée au muséum de Rouen [...]. Un arrêt du 27 décembre 2007 du tribunal administratif de Rouen, saisi par le ministère de la Culture, a annulé la décision de la ville, qui souhaitait en faire don à la Nouvelle-Zélande. Motif invoqué : la commission scientifique statuant sur la sortie des pièces des collections nationales n’aurait pas été consultée. En réponse, la ville de Rouen a décidé le 3 janvier de soutenir une proposition de loi autorisant la restitution des restes humains… »
Celle-ci vient du musée du Quai Branly, mais comme ça vous voyez à quoi ça ressemble.
Je vais donc tenter d’expliquer tout ce barda, mais voilà bien un sujet assez dense !… Je pense qu’il faudra plusieurs posts pour expliciter toute l’affaire et ses enjeux. Commençons tout de même par l’Affaire elle-même…
En France, il y a 18 têtes maories exposées, dont cinq au Musée du Quai Branly à Paris, issues de voyages d’explorateurs et de missionnaires en Nouvelle-Zélande. Mais pourquoi seulement des têtes ?… En fait, les guerriers maoris étaient décapités après leur mort : leur tête était alors, selon les rites, inhumée/exposée dans un lieu séparé afin de lui donner un caractère sacré et d’honorer la bravoure de ces guerriers. L’humidité et la salinité de ce lieu, assez facile d’accès, permettait la momification progressive de la tête. Les occidentaux passant par là ont pu visiter ces endroits sacrés (généralement des grottes, si j’ai bien compris) et ramener un « souvenir » : une tête n’est pas si encombrante et donne à chacun l’âme d’un Hamlet… Grosso modo, c’est ça.
Tout le barouf commença en octobre, lorsque la ville de Rouen annonça que son conseil municipal avait décidé à l’unanimité de restituer le 25 octobre une tête de guerrier maori, conservée dans les collections de son Muséum d’Histoire Naturelle depuis 1875, suite à la donation d’un particulier. Cette restitution aurait été à peine remarquée si, le 23 octobre, le Ministère de la Culture n’avait pas saisi le tribunal administratif de Rouen. Ce dernier suspendit la restitution.
Pourquoi ?…
Officiellement, car le tribunal a jugé que la commission scientifique chargée d’examiner les demandes de sortie des pièces de collections aurait dû être sollicitée en amont : vice de procédure. Officieusement, selon plusieurs personnalités du monde culturel (qu’est-ce que ça fait secte cette expression !) dont j’approuve le point de vue d’après le peu que j’ai appris et le beaucoup que j’ai à apprendre, le ministère souhaite « montrer » sa vigilance en matière de collections : en effet, depuis quelques mois déjà, le gouvernement en général, et le ministère de la Culture et de la Communication en particulier, souhaite réformer les lois autour des musées -datant de 2002- afin de permettre l’aliénabilité (c’est-à-dire la revente) des collections muséales. Et par ce geste, ce veto, les pouvoirs en place souhaitent « prouver » qu’ils ne vont pas faire n’importe quoi et rassurer le grand nombre d’individus inquiets pour les musées… Mais cela, j’en parlerai plus longtemps dans une prochaine bulle, pas de souci !
Cependant, suite à cette polémique, la ministre actuelle, Christine Albanel, a confié à Jacques Rigaud une mission sur l’aliénabilité des collections publiques. Et, pour enfoncer le clou (et faire chier le gouvernement – y a que ça de bien-), la ville de Rouen a décidé le 3 janvier de soutenir une proposition de loi autorisant la restitution des restes humains, non plus considérés comme des ‘trophées’ ou des oeuvres d’art, mais comme des objets sacrés (et sacrés ils le sont en Nouvelle-Zélande) qui n’ont pas à être exposés de telle manière…
Voilà, dans les grandes lignes, ce qui s’est passé et ce qui se passe. J’ai hâte de connaître la suite du feuilleton !…
Mais pour vraiment comprendre les causes et les conséquences de cette « Affaire », il faut connaître les tenants et les aboutissants, d’où une petite série de bulles à venir… La première portera sur l’origine des collections des musées : ben oui, ça se trouve pas sur les arbres ! Le reste, vous verrez en temps et en heure : un peu de suspense ne fait pas de mal, si ?…



