Date { Mardi 3 juin 2008 }
Inventaire { La nature }
}

Non, j’vais pas parler de l’exploration sous-marine, des navires grecs et romains qui coulèrent jadis avec de superbes sculptures, ni des caravelles attaquées par les pirates. Mais peut-être un de ces jours ?… En attendant, si vous voulez absOOOlument plonger et trouver un trésor, ça tombe bien : Objectif Atlantide Méditerranée, soutenue par la région PACA, propose (depuis 2003) une chasse au trésor le long du littoral méditerranéen de fin mai à fin août. Ne vous attendez tout de même pas à rentrer chez vous avec un buste de César, hein…

Les participants doivent trouver, en plongée, des indices et des butins tout au long du littoral méditerranéen (12 sites sont répertoriés). L’objectif final consiste en la découverte du trésor et d’une remise de prix aux gagnants.
« Objectif Atlantide Méditerranée » est également l’occasion de sensibiliser le public et notamment les jeunes à la protection de l’environnement marin. L’an dernier 23 000 plongeurs ont participé à cette grande chasse au trésor.

Infos issues du site de la région PACA

Mais alors, avec ce titre-là, je vais parler de quoi ? Eh bien, de la Mer sans aucun doute ; de sculptures, tout à fait aussi ! Mais en tout cas, pas de sculptures antiques…

L'homme face à la mer, d'Antony Gormley
Un des travaux d’Antony Gormley dans le cadre de son projet « Another Place »

Bon, vous voilà tout de même plus avancés avec cette illustration. Nous allons pencher aujourd’hui nos frêles têtes sur le cas du Land Art qui est, comme chacun sait, une tendance de l’art contemporain, utilisant le cadre et les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, rocher…Tout sauf les matériaux nés de l’industrie humaine donc). C’est un thème très large et diversifié, aussi l’on ne s’intéressera qu’à une branche du Land Art. Maintenant ça fait tilt dans votre p’tit ciboulot : la mer et les sculptures, bon sang, mais c’est bien sûr !

La Spiral Jetty

Dans ce domaine entre ciel et mer, une des oeuvres du Land Art les plus connues et reconnues est la Spiral Jetty [photo inside], née de l’imagination de Robert Smithson (2 janvier 1938 – 20 juillet 1973) au printemps 1970 à Grand Salt Lake, dans l’Utah. Pour la petite histoire, « The Independent on Sunday », traduit par le « Courrier International » nous explique que :

Robert Smithson [...] fit venir des entrepreneurs à Rozel Point, sur la rive nord du Grand Lac Salé [ou Grand Salt Lake]. Il leur demanda de faire reculer un camion dans l’eau et de commencer à déverser 7 000 tonnes de pierres basaltiques. Le résultat fut une élégante volute d’une longueur de 500 mètres. La simplicité de l’ensemble n’était qu’apparente : [le critique d'art] Robert Hughes a parlé à son sujet d’un « embouteillage de références symboliques ». L’œuvre condensait aussi la fureur que suscitaient chez Smithson les « robots » de l’establishment artistique new-yorkais, sa fascination pour la « dislocation » et le « décentrement », et son obsession souveraine pour l’entropie. L’importance et l’influence de l’ouvrage ont immédiatement été indéniables. Smithson fondait un genre, le land art, qui se libérait du joug des galeries pour exprimer quelque chose de nouveau et de fort sur le sujet rebattu de l’art et la nature.

Un beau boulot que cette spirale qui se jette dans la mer, non ? Mais voilà, pendant trente années, on ne l’a plus vue : deux ans après sa création, la Spiral Jetty a été engloutie par le Grand Salt Lake et n’est sortie des eaux qu’en 2003. Aujourd’hui, elle apparaît, disparaît, évolue au fil des marées et des saisons ; c’est une oeuvre toujours changeante, sur un site d’un intérêt environnemental et culturel remarquable.

Les oeuvres du Land Art se caractérisent par leur positionnement environnemental, étant formées à partir de matériaux naturel et placées dans la douce Nature pour être exposées aux intempéries et au temps qui passe. De par leur présence, elles rappellent l’éphémère de la vie et, quelque part, le danger qui menace la nature : l’être humain, cette entité trop inconséquente, trop égoïste pour songer aux dommages qu’il provoque. Toujours est-il qu’on ne sait guère trop quel positionnement prendre avec ces oeuvres : les conserver du mieux que l’on peut, ou les laisser braver le temps mais aussi les agressions humaines ? Cette question est justement d’actualité avec la Spiral Jetty qui est aujourd’hui menacée par des forages pétroliers. L’affaire est commentée régulièrement sur le blog Spiral Jetty vs. Oilzilla, qui signale par ailleurs que ce n’est malheureusement pas la seule oeuvre du Land Art menacée/endommagée/détruite par des entreprises. Et d’évoquer les cas du Lightning Field ou des Sun Tunnels, pour ne citer que des oeuvres états-uniennes.

Projet Another Place

Là je préviens, ce chapitre-ci est essentiellement une traduction d’un article de Shape+Colour.

Le projet « Another Place », présenté par l’artiste britannique Antony Gormley, cherche à capturer l’attirance universelle que les êtres humains ressentent vis à vis de l’océan, non pas grâce à des métaphores tortueuses, mais en moulant son propre corps dans l’acier et en le répliquant afin d’obtenir une petite armée de clones. 100 statues sont ancrées dans le sable sur une bande de 3,2 kilomètres le long de l’Estuaire du Mersey, sur la plage de Crosby près de Liverpool en Angleterre. Elles mesurent chacune 1m88, pèsent 635 kilos, et sont issues de plus de 17 moulages différents du corps de Gormley.
Telles des sentinelles, elles se tiennent à 250m les unes des autres. Certaines sont plus près de la plage, d’autres en sont éloignées d’un kilomètre, mais toutes sont tournées vers la mer. Quand la marée est basse, ces cent statues sont complètement exposées au ciel et au vent. Mais lorsque la marée remonte -au galop comme toujours-, ils sont lentement engloutis : ils attendent chacun leur tour pour être volontairement enveloppés par l’eau fluctuante.

Cette oeuvre remarquable -du moins pour moi, huhu- n’est pas la seule accouchée par Antony Gormley. Si vous suivez ce lien vers Shape + Colour, vous trouverez non seulement des photos et une vidéo d’Another Place, mais aussi de Time Horizon, dans la même veine, mais sur terre. Il s’est attaché à exprimer l’image de soi en la projetant dans l’enveloppe extérieure du corps humain, mariant des moulages de son propre corps au mystère qu’ils évoquent. A cela, il ajoute une réflexion centrale sur la fluctuation perpétuelle du temps, avec ses accidents soudains.
Another Place devait être une oeuvre temporaire, destinée à se déplacer de site en site. Mais, en 2006, suite à une controverse, les statues ne se sont pas envolées pour New-York pour prendre la pose de l’autre côté de l’Atlantique. En mars 2007, le Conseil de Sefton a finalement accepté des propositions permettant de garder les sculptures en place de façon permanente sur la plage de Crosby. Une victoire du Land Art, vous ne trouvez pas ?

» Flux RSS des commentaires

Un souffle léger porte cette bulle


  1. Bulle d'Art » Blog Archive » La promenade de Robert S.

    [...] Robert Smithson, dont j’avais déjà un peu parlé à propos de sa très déjantée Spiral Jetty… On le connaît plus pour ses oeuvres de Land Art monumentales (car très très grandes), [...]

    Jeudi 4 mars 2010 à 19 h 05 min

Quelques trilles ?

flux RSS