Ces temps-ci, je lis assez peu. Ou alors de façon sporadique, un peu dans un livre, un peu dans un autre… C’est que je suis d’humeur et d’envies changeantes en ce moment : si j’ai envie d’un thème un jour, peut-être que le lendemain je voudrais plutôt lire sur un autre sujet…
C’est parfois lassant, car au final il y a ce risque d’embrouiller les histoires, de ne plus savoir où on en est dans l’histoire, mais tant qu’on ne me demande pas de faire une synthèse d’un roman précis, tout va bien! Et parfois, il y a des livres qui dès le départ t’accrochent et te parlent un peu de toi-même. Ca a été le cas avec Best Love Rosie, de Nuala O’Faolain.

J'aime bien le style minimaliste de cette maison d'édition!
Nuala y raconte l’histoire d’une quinqua nommée Rosie. Elle se trouve à un tournant de sa vie, elle a quitté son boulot à Bruxelles et son histoire d’amour agonise doucement. Elle rentre dans sa verte patrie, Dublin où elle a grandi, pour s’occuper de sa tante qui l’a élevée depuis son plus jeune âge et qui semble déprimer. Les premiers mois, elle tourne un peu en rond, ne sachant trop que faire de sa vie, puis un jour vient un petit déclic, qui n’a l’air de rien mais qui change beaucoup de choses…
Ce livre m’a semblé être une réflexion sur ce qu’on peut faire de sa vie, qu’on ait bien vécu comme Rosie ou pas. Plein de questions en suspens : le corps qui change, les relations sociales, le rôle qu’on peut avoir ou prendre, les souvenirs et les sacrifices, l’endroit où on aimerait vivre, les hommes… Bon, bien sûr, dit comme cela, on dirait un “roman de filles”, un peu futile et un peu fleur bleue, mais ce n’est pas tellement le cas.
J’avais apprécié la douceur de l’écriture de Nuala O’Faolain dans un autre de ses romans Chicago May qui racontait l’histoire un peu romancée d’une immigrée irlandaise aux Etats-Unis, devenue par la suite cheffe de gang. Elle réussissait à faire une biographie plutôt vivante permettant d’imaginer la vie en ce temps, la violence qui sourd, sans pour tirer à outrance sur les cordes émotionnelles. J’ai été donc contente de retrouver ce style dans Best Love Rosie.
Son histoire n’a pas été un coup de foudre cependant, simplement un rendez-vous réussi à un moment où moi-même je me questionne sur ces choses (mais à la différence près que je ne suis pas quinqua et que je n’ai pas travaillé dans des tas d’organisations gouvernementales et internationales!). Bons baisers donc à Rosie pour cette lecture agréable.
Vous croyiez que le tricot c’était un truc soft et non-violent ? Si oui, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil, bien profond !
Pour preuve, voici une petite description des étapes du tricot par une ravelreuse à son fils de 6 ans:
Je crois que ce qu’il a préféré, c’est ma description du processus comme “l’embrocher par le ventre, l’attacher, l’éventrer et la jeter du haut de la falaise.” Il a adooooré le “jeté de la falaise” et rigolait à chaque maille.
[...]
Oh, et pour la maille envers, c’était : “la poignarder dans le dos, l’attacher, lui arracher la colonne vertébrale et la jeter du haut de la falaise.”
M’est avis que vous ne regarderez plus les tricoteuses de la même manière… (Si vous me croisez, un petit frisson d’horreur serait même bienvenu)(hin hin)
Un bras brandi loin du sol
La palme de sa main ouverte
mille doigts montrent le ciel
tout tachés de peinture verteles muscles gonflent les charnières
du liège et la croûte se fend
se glissant hors de l’armure
un doigt parfois se tendLe corps gisant entre les pierres
en un réseau de tentacules
se concentre dans ces nerfs
qui s’effilochent gracilesà ton ombre, arbre, se brise
le bois sec que tu rejetas
et pourrit doucement l’humus
fait des feuilles que tu fanasarbre, ce bras
par Raymond Queneau, in Battre la campagne
Publié pour la première fois en 1968 aux Editions Gallimard
Hier je suis allée voir Donoma dont on parlait tant ces derniers jours. Et, pour une fois, le buzz n’a pas menti: en voilà un film qu’il est bien!! Certes, le thème choisi semble simple et vieux comme le monde: c’est qu’on y parle de l’amour et des relations de couple. Mais derrière ce thème affiché, les choses sont bien plus complexes…

L'affiche du film, sorti officiellement le 23 novembre
Trois histoires y sont contées, qui se croisent, se mêlent et s’entrechoquent: Celle de Salma, plongée dans une totale abnégation pour sa soeur leucémique et dans une grande interrogation spirituelle ; celle d’Analia, professeure d’espagnol peinant à gérer sa classe et si épuisée qu’elle en pète un câble avec un de ses élèves et celle de Chris, jeune photographe qui observe les relations de couple mais qui n’y connaît rien et décide donc de tenter une expérience amoureuse avec un inconnu.
La façon dont ces histoires sont reliées les unes aux autres m’a fait beaucoup penser au film d’Iñárritu, Amours Chiennes, sauf que là le point commun entre ces histoires n’est pas la présence de chiens, mais la désorientation psychique voire morale. Car ces trois femmes sont paumées, et leurs compagnons aussi. L’un de ces couples va s’épanouir ; un autre va se dissoudre aussi rapidement qu’il s’est créé ; le dernier est autodestructeur.

Chut ! Nous vivrons ensemble sans nous parler : pas de mensonges ainsi...
“Donoma” veut dire “le jour est là” en langue sioux et c’est assez juste ici : on suit tous ces personnages dans leur vie jusqu’au jour où ils réagissent, le jour où tout change pour eux, en bien ou en mal peu importe. L’une a trouvé sa vocation religieuse alors qu’elle était athée ; l’autre a trouvé l’amour dont elle n’avait rien connu ; la dernière a trouvé la chair ou la folie selon les interprétations.
Tous les personnages sont passionnés, déjantés, paumés ; tous ont (eu) une vie assez complexe dont ils ne savent se dépêtrer ; tous sont détestables et méprisables dans leur bassesse et en même temps attachants voire adorables dans leur fragilité. C’est en somme un beau concentré d’humanité que nous avons là…

Salma sourit: elle s'est enfin trouvée...
Ce film est fascinant, non seulement parce que les acteurs jouent à merveille, mais aussi parce que les scènes sont bien tournées, alternant sans cesse entre gros plans au plus près de l’esprit du personnage et plans plus larges donc plus “neutres” : on danse entre tension et respiration. Et les “défauts” de focale dûs à l’utilisation d’une caméra numérique grand public n’en deviennent que des atouts…
Et vous savez quoi ? Ce si bon film n’était pas à l’origine prévu pour le grand public ; il est né avec un budget de 150€ et des participants passionnés et motivés ; et avec ce minuscule budget, il est AUSSI accessible aux sourds et malentendants grâce à son sous-titrage sur toutes ses copies… Plus besoin d’attendre avec incertitude la sortie du DVD, comme on doit le faire pour beaucoup de films français ! De quoi foutre la honte aux magnats du cinéma…
Comme quoi, même en partant de rien, on peut construire quelque chose de grand. Avec ce film, le réalisateur Djinn Carrénard a eu un coup de génie, c’est le moins qu’on puisse dire !…
Quand je vous ai parlé de la série Once Upon A Time, j’ignorais encore que j’allais retourner dans le monde des contes de fée très vite ! Car hier, à la tombée de la nuit (ah oui, mais non, c’est plus un vampire), le cher et tendre est SORTI se promener au centre-ville avec un ami. Et il en est revenu avec ça:

...le tome 2 du Château l'Attente !
Et moi, à cette vue, j’ai couiné de bonheur. Pourquoi ? Car ça faisait plus d’un an et demi que j’attendais la suite du Château l’Attente ! Je vous raconte un peu le topo : l’histoire se passe dans un monde fantastique d’inspiration médiévale où vivent sorcières, princesses, animaux anthropomorphes et bavards… Des contes et légendes, quoi ! Sauf que ceux-ci sont détournés, et intelligemment ! D’ailleurs le livre commence par l’histoire de la Belle au Bois dormant, sauf que la princesse à peine réveillé se tire avec le prince charmant, en laissant le château et les habitants de Putney sans souverains. La merde, quoi… Jusqu’à l’arrivée de Dame Jaine, qui cherche un refuge pour accoucher d’un enfant conçu hors mariage.

Petit extrait de la vie extraordinaire de Soeur Paix (tome 1)
Et je vous jure, la lecture de ces deux romans graphiques-là est purement jouissive, tellement c’est bourré d’humour et tant les histoires sont chamboulées. On y découvre l’histoire d’une bonne soeur à barbe, d’un géant nain, d’une chèvre têtue, d’un homme de fer, et j’en passe… Et on en redemande toujours plus!

...des dialogues hautement philosophiques... (tome 2)











