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Date { Mardi 4 décembre 2007 }
Inventaire { Les anecdotes }
Mots-clés{ + + }

Et voilà bien un sujet qui en titillera plus d’un! Je veux bien sûr parler des corsets… Non pas de leur utilisation aujourd’hui, mais plutôt des mythes et clichés qui les entourent. Et il y en a beaucoup plus qu’on ne croit !… Il est étrange de voir qu’un objet semblant n’avoir plus d’utilité qu’érotique de nos jours est encore aujourd’hui entouré d’idées préconçues récurrentes… Mais si l’on étudie un peu l’histoire du costume, ses significations sociales et ce qui était réellement pratiqué à l’époque, le fait de se pencher sur les arts et techniques de la corseterie, d’en réaliser de ses propres mains, d’en porter, d’en parler, permettent pourtant de comprendre beaucoup de choses…
Voici donc un synopsis des clichés qui reviennent le plus souvent !

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Photographie vintage issue de l’album d’otisourcat sur flickr

« Certains médecins enlevaient les côtes des femmes pour qu’elles puissent serrer davantage leur corset »

Les techniques chirurgicales à la fin du XIXe siècle (sans parler de l’anesthésie encore balbutiante, pratiquée au chloroforme…) étaient encore trop sommaires et supposaient un taux de décès considérable lors de toute opération chirurgicale invasive, parfois de 50% et plus. Notons d’ailleurs que lors de la guerre de Sécession, lorsqu’on utilisa massivement les canons et autres armes « industrielles » pour la première fois de l’histoire, nombre de soldats moururent simplement parce que les chirugiens de l’époque étaient dépassés et ne savaient vraiment reconnaître les infections à temps : ils considéraient notamment que lorsqu’une plaie se couvrait de pus, c’était bon signe… Quant à l’hygiène, n’en parlons même pas !
Bref, comme le note cet article de Snopes (site anglosaxon spécialisé dans les légendes urbaines, un peu comme hoaxbuster pour les francophones) « croire au mythe des côtes enlevées chirurgicalement à la fin du XIXe siècle, c’est croire que, à une époque où même la plus simple opération chirurgicale se révélait souvent fatale, les femmes faisaient la queue pour prendre ce risque et les chirurgiens recousaient joyeusement à tour de bras.« .
Apparemment le canular existait déjà… dans les années 1900 ! Il aurait été lancé par l’imprésario des Ziegfeld Follies à propos d’une de ses actrices en 1890 pour la rendre plus intéressante grâce au scandale. Même s’il semblerait qu’une ou deux femmes fortunées aient subi l’opération, nous n’avons aucune information pertinente sur le sujet. Or une telle opération aurait inévitablement fait la une des journaux et la fortune d’un chirurgien… Ca n’a donc jamais été une pratique répandue chez les femmes de l’époque…

« Les corsets sont coupés de façon à mettre la poitrine en valeur »

Vrai et faux. Les corsets ont changé de but au fil des siècles. S’il est vrai qu’aujourd’hui les corsets mettent le torse en valeur, ce n’est pas le but originel. Lorsque le corset tel qu’on le connaît, c’est-à-dire avec des baleines, fut créé, il était conçu de telle façon qu’il affinait et aplatissait le torse de la demoiselle (ou du damoiseau, mind you) qui le portait.
Petit à petit, son utilisation s’est modifiée de l’aplatissement du torse à l’affinement de la taille. Si aujourd’hui la gorge est souvent la partie la plus érotisée, au XIXe siècle c’était la taille et sa finesse qui étaient le plus regardées et vantées… On a d’ailleurs à de nombreuses époques utilisé des rembourrages divers sur les hanches, pour accentuer visuellement la finesse de la taille. Les jupes furent elles-même mises en forme par des corps baleinés rigides.
Mais je pense qu’il est plus intéressant de voir sur ce lien l’illustration de l’évolution de la mode féminine au XIXème siècle. Pourquoi user de mots quand les images en disent long ? Voir également ce site, assez bien illustré.

« Certaines femmes de 1900 sont mortes à cause d’organes perforés par des côtes écrasées par leur corset »

Encore une fois faux ! Le seul fait divers qu’on ait à ce sujet (on en trouve les détails dans le lien donné juste au dessus) parle d’une jeune fille de 16 ans ou 18 ans, lors d’un bal dont l’année fluctue entre 1850 et 1910 suivant les sources (encore une caractéristique des hoaxes…), où elle voulait trouver un prétendant à tout prix et séduire par l’extraordinaire finesse de sa taille, aurait serré son corset bien au-delà de ce dont elle avait l’habitude. Complimentée par tous lors de la soirée, elle aurait en fait souffert le martyr et serait morte quelques jours après. L’autopsie aurait révélé que la perforation du foie par une côte cassée était à l’origine de la mort. Fin de l’histoire. Mais, il y a quelques incohérences tout de même dans cette histoire tout juste bonne à faire pleurer dans les chaumières…
Premier élément : une jeune fille avec le foie perforé ne devrait-elle pas être en train de se tordre de douleur par terre, ou du moins de suer à grosses gouttes, visage déformé par la souffrance, plutôt que de se faire complimenter sur sa bonne mine ?
Deuxième chose : l’autopsie n’était pas aussi courante à l’époque, surtout pour un cas qui n’était visiblement pas un meurtre. On a là une projection de nos habitudes actuelles… Jusqu’en 1880, les techniques policières étaient assez sommaires. Pour exemple, les empreintes digitales, considérées comme des preuves flagrantes de nos jours, étaient encore l’apanage d’initiés et n’avaient pas encore prouvé leur utilité.
Troisième chose (ceux qui n’ont jamais porté de corset ne peuvent pas le savoir), il ne suffit en aucun cas d’ »ignorer la douleur » pour pouvoir serrer autant que l’on veut, quitte à se briser les côtes : le corps, tout autant que les matériaux du corset lui-même, ont leurs résistances… et quand ce n’est plus possible, ce n’est plus possible ! Techniquement, il semble à peu près impossible de briser un os avec un corset tel qu’on sait parfaitement qu’ils étaient faits à l’époque, dans des conditions de santé normales.
Mettons que ce malheureux accident soit arrivé à une ou deux femmes, probablement fragilisées par une ostéoporose ou autre maladie osseuse, transformant leur cas en un fait divers de journal à sensation ; en aucun cas cela n’a été une hécatombe ou une chose relativement courante !

« Le record de la taille la plus fine en ce temps était de 16 centimètres (la même taille qu’un cou) »

Ca m’a fait sourire de découvrir ce cliché, puisque je le croyais moi-même ! En même temps, lorsqu’on voit des photos de Mademoiselle Polaire, qui était une actrice et chanteuse française -assez connue pour sa taille de guêpe et ses moeurs à polémique- à la fin du siècle dernier, comment ne pas se laisser avoir ?
En fait, les centimètres ont été confondus avec des pouces anglais (inches). C’était déjà une taille considérée comme trop fine au XIXe siècle (au point d’être vraiment vue comme excessive et peu esthétique, même à l’époque!), et rarissimement atteinte par une poignée de femmes qui avaient choisi de s’y consacrer corps et âme, serait de 16″, soit 40,5 cm.
Par ailleurs, un cou de femme très fin fait plus de 30 cm de circonférence, 35 cm et plus ne sont pas rares… C’était donc bien d’inches qu’il s’agissait ici.
Notons par ailleurs que le tightlacing (c’est-à-dire le port d’un corset 23h/24 sauf pour la douche, 7 jours/7) est pratiqué aujourd’hui par une petite poignée de passionnés dans le monde, essentiellement aux USA. Quoi qu’on pense de leur passion, ils vivent exactement le même type de conditions que les femmes des années 1850-1910, et fournissent ce faisant une quantité énorme de données sur ce qui est possible avec un corset et ce qui ne l’est pas. Une taille de 16 cm ne l’est pas.
La taille la plus fine jamais enregistrée au monde est celle d’Ethel Granger (1905-1982) : 13″, soit 33 cm, vers 1938, enregistré au Livre Guiness des Records. Personne n’a jamais atteint à nouveau cette taille depuis -et heureusement pour la santé !-. L’actuelle recordwoman mondiale est Cathie Jung : 15″, soit 38 cm.

« Le corset est une torture, qui fait souffrir perpétuellement les femmes! »

Même si j’ai pu voir diverses modes complètement absurdes et faisant plus de mal que de bien, la mode du corset n’est pas l’une d’entre elles. Les femmes portaient un corset comme on porte un soutien-gorge de nos jours, sans arrière-pensées ni souffrances (excepté pour certaines féministes extrêmes qui brûlèrent ce qu’elles appelaient « l’instrument de leur joug »…Pensons notamment à cette femme qui dernièrement a fait scandale lors de l’annonce des vainqueurs du prix de Flore).
Certes, une femme adulte souhaitant porter un corset un jour ne pourra avoir directement la taille d’une Pauline Polaire : à l’époque, les filles et certains garçons, portaient depuis leur plus jeune âge un corset afin de « former » leur corps. De cette façon, on empêchait les côtes flottantes de se développer, de la même façon que l’on bandait les pieds des femmes chinoises pour qu’ils restent petits…
Celles qui répandent ce genre d’à propos ont généralement essayé un corset « prêt-à-porter », donc pas du sur-mesure. En outre, elles ont voulu imiter les scènes de laçage, assez souvent photographiées ou, actuellement, mises en scène dans certains films -Titanic par exemple-. Le résultat ne pouvait qu’être désagréable voire douloureux, surtout que bien souvent elles le serrent trop au niveau de la cage thoracique…

En savoir plus

- Le corset, une torture ?
- Histoire des déformations du corps féminin
- Une galerie de corsets d’époque

 » Contient les forts, soutient les faibles, ramène les égarés.  »

-Slogan publicitaire d’une vitrine de corseterie-


Date { Mardi 27 novembre 2007 }
Inventaire { La vie + Les anecdotes }
Mots-clés{ + + + }

Y a pas de quoi attirer le chaland au premier coup d’oeil sur les danses macabres… Mais si on regarde par exemple un des thèmes choisis par les blogbédéistes Chicou-chicou (comment, vous ne connaissez pas?… Foncez vite voir!), le macabre peut être intéressant, attachant presque. C’est d’ailleurs en suivant avec avidité leur délirante épopée autour de la Peste qu’il m’a paru intéressant d’aborder le thème du macabre, ne serait-ce que de manière très succinte.

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Au Moyen-Âge, la mort était omniprésente ; tous mouraient de façon prématurée, pour diverses raisons : famines, guerres, épidémies, mauvaise hygiène… Résultat d’une prise de conscience et d’une réflexion sur la vie et la mort, dans une période où celle-ci est devenue plus présente et plus traumatisante, le Dit (ou la Rencontre) des Trois Morts et des Trois Vifs apparut vers 1280. On y représente, sous forme de peinture, de miniature, d’enluminure ou de sculpture, trois cadavres s’adressant à trois jeunes piétons (ou trois jeunes cavaliers) richement parés, souvent en train de chasser.

La morale de ce Dit n’est pas la mort en soi, mais l’avertissement d’une décomposition charnelle dans un futur plus ou moins proche. Les squelettes déclament d’ailleurs ceci aux vivants : « Tel je fus comme tu es, et tel que je suis tu seras / Richesse, honneur et pouvoir sont dépourvus de valeur au moment de votre trépas. »

Pas vraiment quelque chose de bien optimiste, on va dire…

Depuis, cette iconographie s’est diversifiée et a abouti, au XIVème-XVème siècle, aux danses macabres que nous connaissons, où sont entraînés inexorablement tous les humains, quelle que soit leur position sociale, dans un cortège solidaire vers un destin commun : Papes, lansquenets et paysans, tous mourront et partagent dès lors une farandole avec leurs futurs semblables aux visages grimaçants…

Façon d’aller au dessus de la peur de disparaître, de mourir ? Façon de mieux vivre, et donc de mieux mourir? Possible… Après tout, vers la même époque furent publiés deux textes latins datant respectivement de 1415 et 1540 sur l’Ars moriendi, littéralement l’art de mourir… Ils se proposaient d’aider leurs lecteurs à bien mourir, selon les conceptions chrétiennes de la fin du Moyen Âge. Très populaires, ces livres ont été traduits dans la plupart des langues d’Europe de l’ouest, fondant une tradition littéraire des guides de décès et de sa bonne pratique.

En somme, le décès était très présent dans la culture médiévale… Et aujourd’hui encore ! Il n’y a qu’à évoquer deux séries américaines sur ce thème : Dead like me et Six feet under. L’une met en scène une adolescente fraîchement décédée qui se retrouve au poste de faucheuse, et l’autre une famille de croque-morts…

Qui a dit qu’il ne fallait pas rire de la mort ? Assurément pas eux, ni Chicou-chicou !

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