C’est ce que vous aurez si vous vagabondez dans certains recoins d’Angleterre. Non pas que les routes soient encore faites de terre et d’ornières, ni même qu’elles fassent l’objet des ardeurs bucoliques de bon nombre d’Anglais, non. C’est même tout autre chose, un geste politique et poétique tout à la fois comme certains savent si bien le faire.

Ces routes parsemées de primevères sont le fait de Pete Dungey, un artiste doux-dingue un peu rebelle. Pourquoi il fait ça, me demanderez-vous (peut-être)? Je le laisserai vous répondre, à sa manière:
If we planted one of those in every hole, it would be like a forest in the road
C’est-à-dire: « Si on en plantait dans chaque trou, ça serait comme une forêt sur la route ». Joli non? Et très politique aussi, comme je le disais: Mister Dungey plante ses fleurs pour dénoncer l’état déplorable des routes anglaises.

Et les Pothole Gardens de Pete Dungey ne sont pas seules ; elles font partie, à leur manière, d’une nouvelle forme de militantisme : le Guerrilla Gardening. Rappelez-vous ce nom, je vous en reparlerai certainement, le printemps approchant…
et pas pu résister à l’envie de vous en parler
Un peu partout dans le monde existent des havres de paix pour la Nature qu’on maltraite jour après jour, grignotant toujours plus de terrain, polluant toujours plus d’hectares et de litres. Ces abris, ce sont les parcs naturels où la fréquentation humaine est réglementée. Ces parcs sont comme des temples où on ne peut être qu’en visite, où l’on n’ose déranger la divinité en parlant trop fort ; On doit respecter le lieu.
L’un des parcs les plus connus, pour exemple, est le parc national de Yellowstone, aux États-Unis. Mais à part ça, que sait-on des parcs nationaux et des parcs naturels régionaux? Pas grand chose, non?
Voici donc une synthèse (bien évidemment concentrée sur le cas de la France, eh)(et comme c’est une synthèse, ce n’est PAS DU TOUT exhaustif) dans ce docu PDF que je vous livre là: histoire des parcs, leurs missions et leur gestion, avec un petit exemple à l’appui.
Je vous avais déjà parlé de Chaumont-sur-Loire et ses jardins ici et puis aussi là-bas. Vous allez croire que je fais une fixation là dessus, mais tant pis ! Je ne viens vous en reparler que parce que cette semaine vous aurez à disposition quatre dossiers que j’ai eu à faire pour la fac. Comme je me suis pas mal démenée dessus, je me dis que ça vous intéresserait aussi…
Et justement, le premier dossier que je vous offre porte sur ?… Chaumont!
le document PDF sera en téléchargement!
Pour plus de détails : on nous demandait d’étudier un lieu patrimonial et de voir tout ce qui y était mis en place. Une analyse en profondeur, quoi. Vu ma note pour ce dossier, je ne me suis pas trop ratée apparemment (ouf!)
C’est la marchande des quatre saisons qui va parler aujourd’hui. Elle s’insurge contre l’usage irréfléchi et insultant de ses produits, produits qu’elle s’évertue à garder frais pour les « vrais » clients, ceux qui savent en apprécier la saveur. Non, mesdames et messieurs, la marchande n’est pas contente ! Et les objets de son ire suprême sont ces zartistes qui, au nom de l’Aâââârt, gâchent tout le labeur livré par elle et les agriculteurs. Ces vils personnages osent laisser pourrir ces fruits et légumes tant chéris, élevés et cultivés avec amour… En plus de ça, ils les entassent de façon peu gracieuse, peu ordonnée pour leur propre amusement. Non, non, ces messieurs oublient la règle pourtant répétée tant et tant de fois par leurs géniteurs : on ne joue pas avec la nourriture !

Exposé au Musée du Louvre.
Arcimboldo
Le premier de ces offenseurs est mort depuis bien longtemps, mais peu importe, moi, la marchande des quatre saisons, je souhaite qu’on lui inflige un châtiment exemplaire. C’est l’artiste, ô sinistre individu, qui eut le plus d’émules en terme de gaspillage alimentaire. Giuseppe Arcimboldo, né à Milan en 1527 et mort dans la même cité en 1593 à l’âge (canonique pour l’époque) de 66 ans, est présenté comme un peintre maniériste. Je hausse ici les épaules : maniériste, maniériste, quelles sont ces fadaises-là, maniéré oui !. Il est tristement célèbre comme auteur de nombreux portraits suggérés par des fruits, des végétaux ou des animaux « astucieusement » disposés.
Il est considéré comme un érudit, de par la variété des études et des recherches qu’il engagea au service des rois et empereurs de Bohème. En effet, il analysa le processus de la culture de la soie, inventa une méthode colorimétrique de transcription musicale, organisa une grande majorité des fêtes royales, fut remarqué par la richesse des costumes et des spectacles mécaniques créés pour ces occasions, s’intéressa aux curiosita, ces objets et créatures étranges venus de tout horizon pour servir la gloire de l’Empire et dont il doit répartir au mieux dans les collections impériales. C’est dans le cadre de cette dernière tâche qu’il gaspilla tous ces aliments précieux : à cette Cour fort mal élevée quoique prétendument érudite, l’on aimait à se distraire devant les portraits caricaturaux ou allégoriques de Monsieur Arcimboldo…
Entasser les meilleurs fruits de chaque saison pour symboliser le printemps, l’été, l’automne et l’hiver leur semblait du plus ingénieux, du plus remarquable. Non mais, ils n’avaient qu’à venir voir mon étal pour en admirer autrement la beauté ! Ce n’est pas de la vulgaire pâte colorée qui va en rendre la saveur, l’odeur, le goût, le relief… Mais non ! Ces gens-là ne veulent pas le comprendre. Mais, je ne suis pas seule dans mon combat, ce barbouilleur s’est aussi mis le poissonnier à dos avec sa série sur les éléments : son tableau sur l’eau est un amas de poissons en voie de décomposition. Et je n’évoque même pas de l’oiseleur pour le tableau sur l’air…
Bernard Pras
Bon, sûr que je ne vais pas tous vous les citer, ces goujats… Ca me filerait le mouron bien plus vite qu’autre chose ! Au gars ci-dessus, j’ajouterai juste deux types encore vivants et donc plus facilement punissables. Voyez qu’je vous facilite la tâche ! Au suivant donc : Bernard Pras. Celui-là est né en 1952 à Roumazières-Loubert en Charente. Un français donc.
Il a tâtonné un bon bout de temps, expérimentant, mettant au point le principe de l’aquagravure, etc. Mais, malheureusement, en 1994, il tombe dans la spirale fatale : il commence à réaliser des installations et assemblages d’objets hétéroclites à la manière d’Arcimboldo. Quand on les voit en vrai, c’est informe, c’est hideux (reconnaissez-vous Mao dans cette composition ?) : la composition globale ne prend réellement forme pour le spectateur (quand il n’est pas sensible au drame alimentaire qui s’est joué là) que par le truchement de la photographie qui recrée l’image plane voulue par le monsieur. La première exposition d’importance a lieu en 1998. Depuis, il reprend ce principe d’anamorphose comme fil conducteur : il fait des installations plus grandes, plus massives, réinterprétant plusieurs images célèbres de l’histoire de l’art et de la société contemporaine. Dans la liste, les Saisons d’Arcimboldo bien entendu, mais aussi un portrait d’Einstein, un Louis XIV digne et fièrement drapé dans son manteau en papier toilette, un Mickey… (Dites, vous pensez que je peux convaincre les fournisseurs de PQ de me suivre dans cette sainte mission ?)
Jan Svankmajer
Quant au dernier… Mon dieu, quand j’y pense, j’en ai des vapeurs ! En 1982, il a filmé, oui filmé, le massacre qu’il s’est plu à faire dans une crise de nombrilisme intense. Mais je me précipite… Il faut que je vous dresse un portrait de cet individu.
Jan Svanmajer, né en 1934, est un artiste surréaliste tchèque. (ah la la, pas une nation pour rattraper l’autre, hein!) Ancien étudiant en « arts industriels », il s’est intéressé aux différents médias (vidéo, photo et j’en passe et des meilleures) et à leur interaction. Il conçut pour la première fois des courts-métrages artistiques en 1964, et continua dans la même ligne pendant plus de vingt ans. Une de ses plus grandes ambitions en la matière était de faire un film sur Alice au Pays des Merveilles, de Lewis Carroll, chose qu’il a pu faire en 1988 avec Quelque chose d’Alice ou Neco z Alenky (vous pouvez en voir des extraits par là). Il a également exposé des dessins, collages et « sculptures tactiles », pour la plupart conçus dans les années 1970 quand les autorités tchèques lui interdirent temporairement de faire des films.
L’oeuvre -ahem- qui m’incite à le poursuivre en justice est un véritable film d’horreur, encore une fois inspiré d’Arcimboldo : Les Possibilités du dialogue (en tchèque, ça donne Moznosti dialogu). Ce film est découpé en trois grandes parties et la première est la plus insoutenable. Il y présente des personnages, en aliments (soupirs…), en ustensibles de métal et en papeterie, qui s’entredévorent les uns les autres. Mais je n’en dis pas plus, vous serez tout aussi indignés que moi en voyant la vidéo par vous même.
Jan Svankmajer – Dimensions of dialogue
envoyé par popefucker
(ahem, pas de commentaires sur le pseudo du monsieur)
Alors, voulez-vous vous joindre à la marchande des quatre saisons et ses camarades, le poissonnier, le libraire, le cuistot, l’oiseleur pour fustiger ces zartistes ?… Si oui, hop, soufflez une bulle ci-dessous ! Sinon, soufflez quand même !
Nous vivons à une époque bien contradictoire, toute entière faite de paradoxes. Par exemple, d’un côté nous sommes confrontés à la déforestation et aux incendies, criminels ou non ; de l’autre, nous voyons fleurir dans notre belle France les initiatives autour de la nature. Ainsi poussons nous les enfants à planter un arbre dans le cadre de jumelages ; ainsi mettons nous en place des projets comme la Méridienne Verte ; ainsi réfléchissons nous sur la place des parcs et des jardins dans nos villes… En somme, on ne se scandalise guère de la déforestation massive de l’Amazonie, puisque cela fait des années que l’on en fait des gorges chaudes, mais on fait grand cas de la verdure de notre verte patrie, en s’inquiétant notamment des incendies en Corse, en Aquitaine, etc. Pourquoi cela?
Bon, bien sûr, la première réponse à donner, la plus évidente, est la suivante : l’Amazonie est loin, on n’y vit pas, donc on ne connait pas les subtilités, les changements qui sévissent là-bas. Par contre, nous défendons bec et ongles nos tendres souvenirs, répétant à l’envi que « de notre temps… », c’était ainsi, c’était plus beau, on avait plus de respect pour la famille/l’environnement/les doyens/la hiérarchie/la langue française (rayez les mentions inutiles).
Mais ce mode de pensée ne s’est pas fait en un jour. Dans certaines bulles soufflées ces derniers mois, on a pu entrevoir que bien peu étaient vraiment choqués par les destructions et les pillages sévissant juste après la Révolution Française. C’est que not’ beau pays était un grand palimpseste sur lequel disparaissaient les palais pour laisser place à des églises et vice versa. De surcroît, il était assez courant de rajouter sa touche personnelle sur les bâtiments, aussi anciens soient-ils : dans le Vieux Lyon, on peut ainsi trouver des hôtels constitués de bâtiments du XIVe et du XVe, ralliés par une galerie du XVIe, et dont la façade sur rue date, elle, du XVIIe… De vrais palimpsestes, je vous dis !
Paysage, paysage, dis-moi ton nom !
Pour y voir un peu plus clair, il vaut mieux commencer par le commencement. Non pas de la naissance du paysage lui-même, dans le style Ancien Testament « Et il planta les arbres et les fleurs… », etc. Non, dans le cas présent, il me semble que le paysage, et la notion qui s’y rattache, apparaît au moment où l’on utilise le mot paysage. Quand une chose n’a pas de nom, l’on fait comme si elle n’existait pas. Donc :
Dans son sens étymologique, le paysage est l’ensemble des traits, des caractères, des formes d’un territoire, d’un « pays », perçu par un observateur: il est donc une création, une interprétation de l’espace. Le paysage est une question de regard mais cette notion ne peut-être aujourd’hui réduite à sa connotation picturale car elle recouvre de nombreuses acceptions. [...] La notion actuelle de paysage est somme toute assez récente. Avant d’être l’objet de représentations artistiques ou d’études architecturales, le paysage était un pays au sens originel du terme, c’est-à-dire une portion du territoire national avec une identité bien marquée, un lieu de vie et de travail pour les habitants locaux qui font partie de ce pays.
Ce coup de plume nous vient de maître Wikipedia
Bon. On le voit, le paysage était d’abord un lieu de vie, avant de devenir l’objet d’étude des peintres. À partir de la définition initiale d’étendue de terre qui s’offre à la vue, on a construit plusieurs notions proches dont celle de représentation d’un paysage par la peinture, le dessin, la photographie… La représentation du paysage a un rôle important dans les arts graphiques parce qu’elle s’oppose parfois à la représentation des êtres, ou bien peut être aussi utilisée pour les symboliser, dans la peinture religieuse par exemple.
Bien sûr, les jardins et les parcs ont toujours eu une place importante, se métamorphosant au gré des siècles pour porter un message symbolique de par ses parements (bosquets, arbres, fleurs…) ou simplement suivre une mode. Ainsi avons-nous eu les jardins à la française, à l’anglaise, à l’italienne… Et encore aujourd’hui, l’on tente de reconstituer des jardins médiévaux à partir de tableaux, d’enluminures ou de manuscrits.
Prise de conscience et législation autour du paysage
L’administration et la patrimonialisation du paysage sont encore récentes. Si la première loi s’y rapportant date de 1906, la stabilisation du service qui en a la charge ne s’est opérée qu’en 1995 avec la création de la sous-direction des sites et paysages au sein de la direction de la nature et des paysages au ministère de l’écologie et du développement durable.
Selon une étude de l’école d’architecture et de paysage de Bordeaux, on peut distinguer trois grandes phases de perception et d’action qui, au cours du XXe siècle, ont permis la patrimonialisation des paysages telle que nous la connaissons aujourd’hui. Tout d’abord, le paysage s’est imposé comme objet patrimonial dans la mesure où il se prête à un rapprochement avec des peintures (lois 1906 et 1930 sur les sites et monuments naturels). Cela ne concernait que la protection de paysages remarquables : on classait et inscrivait les sites présentant un intérêt général, selon des critères de protection : Artistique, Historique, Scientifique, Légendaire, Pittoresque. Ensuite, à partir des années 1950, l’on commence à inscrire et à classer de grands paysages naturels tels que la Camargue ou les Landes, ce qui entraîne l’apparition d’une nouvelle politique qui tâche de mettre en œuvre une véritable gestion des sites protégés. Cette nouvelle politique est en partie une réaction face à l’architecture des années 60 que l’on pourrait qualifier de « tout béton ». Tant mieux, puisqu’elle a permis de porter une plus grande attention au paysage, en tant que « forme sensible d’une interaction dynamique du naturel et du social ».
La législation sur les paysages a évolué, reflétant la demande sociale de plus en plus forte pour un paysage – cadre de vie de qualité. On reconnait alors le paysage du quotidien comme faisant partie du patrimoine. D’où apparition d’architectes-paysagers, de législation sur le paysage dans le code de l’urbanisme, d’études d’impact sur l’environnement, voire même d’une convention européenne du paysage en 2000. Par le biais de cette nouvelle législation, le paysage est reconnu patrimoine commun de la Nation : l’Etat reste garant de sa préservation. En outre, la réflexion sur le patrimoine ne se fait pas seulement au niveau français ou européen, mais aussi à l’échelle internationale, avec le travail énaurme de la chaire UNESCO en paysage et environnement à l’Université de Montréal.
Quelques initiatives
Trève de bavardages et de lois ! Passons plutôt aux applications, avec des liens pêle-mêle…
D’une part, l’on prend plaisir à reconstituer d’anciens jardins, qu’ils soient médiévaux comme mentionnés plus tôt, ou non. Tout récemment, en Indre-et-Loire, on a présenté pour la première fois au château de Villandry un « jardin du soleil« , d’inspiration Renaissance. Mais on peut aussi mentionner le Jardin des cinq sens (Yvoire, Haute-Savoie), plus médiéval, ou même les jardins de Versailles et de Vaux-Le-Vicomte, beaucoup plus connus…
Des animations sont également mises en place dans les jardins historiques. Ainsi peut-on se promener dans les jardins de Vaux-Le-Vicomte en écoutant de la musique classique et en contemplant le château illuminé aux chandelles, participer à des ateliers et des jeux comme à la Commanderie d’Arville (Loir-et-Cher), voire même des foires, comme à la Possonnière (Loir-et-Cher), demeure natale de Pierre de Ronsard. Alors, mignonne, si on allait voir si la rose ?…
Mais le paysage, ce n’est pas seulement les parcs et les jardins ! Les arbres sont des entités à part entière, qui peuvent à eux seuls symboliser une espèce, une région ou un style de vie. « les arbres remarquables font partie du patrimoine collectif et doivent être préservés en tant que tels », dit l’association A.R.B.R.E.S.. Ces arbres si particuliers accueillent en leur sein toute une flore toujours plus spectaculaire, en passant des monstres aux étranges trognes à d’imposants pluricentenaires, et ainsi de suite. Ce n’est pas pour rien que les régions constituent actuellement des bases de données autour des arbres remarquables…
Aux arbres, citoyens !
Allez donc voir les quelques coins de verdure qui jalonnent votre quotidien, allongez-vous sur l’herbe, enlacez les arbres que vous voyez ; ils font partie de l’histoire en général, et de votre histoire en particulier. Êtes-vous bien sûrs de n’avoir jamais contemplé avec étonnement un arbre un peu étrange ou un peu plus imposant que les autres ? N’avez-vous jamais souhaité, enfants, vous blottir dans une cabane en haut d’un arbre et jouir du doux bruit des gouttes de pluie tombant sur les feuilles ? N’avez-vous jamais pris plaisir à vous cacher dans un labyrinthe ? Laissez donc l’enfant en vous exprimer son émerveillement pour la nature qui nous entoure et illumine notre quotidien !





