Avant de causer de cartes, de planisphères et de frontières, il nous faut nous mettre d’accord sur les mots, histoire qu’il n’y ait pas de malentendus.
La base en la matière, ce sont les points cardinaux: l’est, le nord, l’ouest et le sud. Ca paraît simple, tout le monde (ou presque) sait à quoi ça se réfère… Mais! Mais! Pourquoi on utilise le nord comme point de repère principal, et pas l’est par exemple? Et puis d’abord, d’où ça vient ces noms-là?
peut-être que cette photo d’almarmon vous aidera?
*erm* -toussote- *erm*
On va commencer par l’origine des noms, c’est déjà un beau morceau, ça… Le nord comme repère, ce sera pour la bulle d’après, mes p’tits. Ne soyez pas trop pressés, tout vient à point!
L’Est
L’est correspond au point de l’horizon où se lève le soleil, le levant. D’ailleurs, dans certains textes anciens, les habitants de l’Est, surtout de Turquie, sont appelés « Levantins »…
L’Est est aussi appelé Orient, du latin oriens qui signifie « levant », « naissance ». C’est le participe présent du verbe orior (« naitre, tirer son origine de, provenir de, commencer, surgir, se lever, paraître »). Le terme d’Est part du même principe: il vient, lui, du verbe « être »… En gros, ça voudrait dire que le soleil EST là à l’Est.
Ca va, c’est pas trop compliqué, ça…
Le Nord
Aïe, par contre au nord, rien n’est simple, vous allez le voir!
A l’origine, on utilisait le terme de Septentrion, du latin septemtriones, « les sept boeufs »… ce qui était le nom donné par les Romains à la constellation de la Petite Ourse qui, comme chacun sait, indique le nord.
Le mot « nord » vint petit à petit le remplacer. Mais d’où vient le nord? On a deux possibilités…
Soit ça vient de l’ancien haut allemand nord issu de l’unité linguistique proto-indo-européenne ner- qui signifie « gauche ». Ca se rapporte alors à la gauche du soleil levant.
Soit ça vient d’un mot d’origine viking ou germanique, norht désignant « la direction du point cardinal opposé au sud ». Il aurait alors été employé d’abord en Normandie d’où il serait progressivement passé dans l’usage des autres régions et aurait bouté le septentrion hors de France…
L’Ouest
L’ouest a lui aussi plusieurs noms, comme tous les autres. On va donc se pencher sur l’occident et le ponant avant de le disséquer.
L’occident, c’est pas gai, vient du latin occidens du verbe occidere qui veut dire « tomber » ou « mourir ». On cause donc du coucher du soleil ou de la mort du jour, comme on veut. Le mot de ponant vient du même principe: c’est le participe présent du verbe latin (encore!) ponere qui évoque plus gentiment le « coucher ».
L’ouest, qu’on connaît mieux aujourd’hui, n’a pas vraiment d’origine attestée. Il viendrait de l’Allemand west, de l’islandais vest ou du suédois vester. Leur sens? Je ne sais. On pense que ça vient de vastum, « désert » ou « mer », car à l’ouest des terres allemandes, on trouvait le désert et la mer Caspienne.
Je vous avouerais que je penche plutôt pour une origine du genre « opposé à l’est », vu comment l’ouest ressemble à l’est. Zen pensez quoi?
Le Sud
Trêve de lever ou de coucher, on va un peu se reposer au sud! Ce mot-là viendrait de l’ancien anglais suth, dérivé du verbe seethe, « bouillir », « mijoter »: le sud est donc le côté chaud!
On a également utilisé le terme méridien, du latin meridies, « midi » ou « milieu du jour »… D’où les méridiens sur les cartes, mais aussi un mot de l’ancien français: le midi. C’est ce terme que l’on retrouve sur les anciennes cartes françaises, avec l’occident pour l’ouest et l’orient pour l’est. Il est plus rare aujourd’hui, mais on le retrouve dans les noms comme le Midi de la France ou la gare du Midi.
Ca va, vous n’êtes pas trop perdus? Vous inquiétez pas, y aura des bulles plus intéressantes (quoique… J’aime bien l’étymologie) et plus artistiques, no soucy!
Pendant le voyage à l’Est de cet été, j’avais remarqué la forme curieuse de la Croatie, semblable à une serpe: ce superbe pays raflait ainsi l’accès à la mer de plusieurs pays. Là-dessous, on ne peut pas s’empêcher de humer l’odeur rance du politique, de l’argent et des guerres… En effet, rien, dans le relief, n’explique une telle répartition du territoire.
Tout cela m’a rappelé que de toute façon, les frontières ne sont qu’une invention des hommes pour mieux visualiser leurs environs et faire consensus (ou pas) entre les peuples. Et ces hectares ainsi partagés ne le sont pas selon une logique de terres, de reliefs ou d’équité, mais de pouvoir et de politique. Je ne vais pas m’étendre sur la géopolitique, ce n’est pas mon domaine, mais j’avais envie de vous parler un peu de cet arbitraire des frontières qui donne de drôles de surprises parfois! Une nouvelle catégorie est née…
En attendant la prochaine bulle, vous pouvez toujours faire un saut chez Sirtin qui nous cause du planisphère pas si plane… A toute!

La première – le n° 8 du catalogue – était plus une curiosité qu’une oeuvre d’art. C’était un paysage à manivelle, qui sans doute avait été peint en vue de servir de toile de fond à un théâtre de marionnettes. Il se présentait comme un châssis de bois rectangulaire, d’environ soixante-cinq centimètres sur quarante, muni de chaque côté de tambours sur lesquels s’enroulait la toile peinte.
D’abord on se trouvait sur le bord d’un canal bordé de peupliers, on longeait une écluse, des péniches chargées de gravillon, des files de pêcheurs, puis l’on s’enfonçait dans une forêt plantée d’arbres sombres au milieu desquels on découvrait une cabane en rondins, puis l’on débouchait sur un chemin qui, petit à petit, se transformait en une rue de grande ville, avec des immeubles de plusieurs étages et des magasins de faïence et de carrelages ; puis les maisons s’espaçaient, le ciel s’éclaircissait, et la rue devenait une petite route dans un pays chaud, non loin d’une oasis où un Arabe coiffé d’un grand chapeau de paille trottinait sur son âne et d’un fortin où un détachement de spahis présentait les armes ; puis c’était la mer, et au terme d’une courte traversée, on arrivait sur un grand port, on suivait des quais noyés de brume avant de se retrouver dans un café triste et froid.
George Perec. Un cabinet d’amateur
C’est joli, cette description, non? Eh ben, réjouissez-vous: ça existe! D’ailleurs, l’image qui illustre cette bulle est tirée d’un des rares « paysages à manivelle » encore existants. Il représente, en 49 scènes, peintes sur les deux côtés de la toile, la Vie Héroïque et [la] Carrière de Garibaldi.
Vous avez de la chance, il a été numérisé en haute résolution en 2007! On peut donc le voir par là pour la 1ère section et par ici pour la 2ème section. Vous allez vous en mettre plein les mirettes…





