Des fois, je me dis que la limite est assez trouble entre les divinités des différentes religions et les protagonistes des principales lectures de notre enfance-jeunesse-vieillesse-vie (rayer les mentions inutiles). « Comment-ça-pas-du-tout! » me diront certains, criant au sacrilège…
Il n’empêche que lorsqu’on compare Superman, Spiderman, Dr Manhattan, Batman, Flash, les 4 fantastiques, pour ne citer que certains d’entre eux, à Saint Georges, Samson, Hercule, Arachné, Jason, Saint Elophe (ou d’autres saints du même acabit), Zeus… On ne peut que remarquer que tous sont des êtres humains dotés de pouvoirs surnaturels/divins…
Quelques exemples pour rigoler un coup !
Commençons par un de mes préférés, représenté juste au dessus (cliquez pour voir l’image originale)
Agostino Novello = Superman, Peter Petrelli, Icare…
Grosso modo, c’était un ancien juriste qui prit le froc au 13ème siècle. Sa vie durant, il s’appliqua à porter les vertus religieuses de l’ordre des Augustins à un degré héroïque (sic), mais, poussé par une charité ardente, il collecta également des fonds pour agrandir, voire même reconstruire un excellent orphelinat et hostel-dieu. Il mourut à Sienne. La plupart des miracles en rapport avec lui furent « vérifiés et authentifiés ». Il fut béatifié et on autorisa son culte en 1770.
Cependant, bien avant cette béatification, il devint le patron d’une église de Sienne et ses miracles posthumes furent représentés par le peintre siennois Simone Martini sur un tableau d’autel composé d’un grand panneau central représentant un immense Agostino, ainsi que quatre panneaux sur lesquels il vole au secours de la veuve et de l’orphelin (comme Lucky Luke, non ?). Mon favori est celui sur lequel Agostino plonge vers un enfant tombé d’un balcon… Il trouve en plus le temps de ramasser la planche tombée du balcon ! Il y en a un autre sur lequel un enfant se fait agresser par un loup féroce quand tout à coup Agostino apparaît derrière un toit…
Même si c’est un sujet apparemment sérieux, empli de métaphores religieuses, comme nombre d’oeuvres du Trecento, c’est-à-dire la pré-Renaissance italienne, voir un moine voler comme Superman (ou Peter Petrelli de Heroes, ou…) ne peut que faire sourire.
Samson = Superman, Hulk, Hercule…
Samson était dans l’Ancien Testament un des Juges d’Israël, plus précisément celui qui devait libérer Israël de la coulpe des Philistins, qui gouvernaient en tyrans. Peu avant sa naissance, sa mère, jusqu’alors stérile, apprit de l’ange de YHWH qu’elle allait enfanter d’un fils qui délivrerait Israël. Cet enfant devait être consacré à Dieu, dès sa naissance, en tant que « Nazir ». Les lois relatives au Nazir impliquent notamment que le rasoir ne passe jamais sur sa tête et qu’il ne consomme jamais d’alcool. L’ange disparut alors dans les flammes et elle reconnut que c’était un ange de Dieu (et pas avant). Samson naquit et grandit, manifestant une force herculéenne, tuant un lion à mains nues, combattant mille philistins armé d’une mâchoire d’âne seule, etc. Cependant, une femme, Dalila, découvrit quelle était sa kryptonite: ses cheveux. Elle le tondit (ça devait être du boulot : il était aussi poilu que Chabal!) dans son sommeil et le donna en chair à pâtée aux Philistins.
On reconnaît ici les principaux éléments d’un bon film à l’eau de rose : un homme plus que viril, une femme fourbe, une romance tourmentée, une fin tragique… Et justement, cette histoire fut adaptée en opéra (composé par Camille de Saint-Saëns), puis en film (en 1949, réalisé par Cecil B. DeMille) et obtint deux oscars.
Y en a encore plus !
Citons :
- Hermès/Mercure dans l’Antiquité = Flash
tous deux se déplacent à la vitesse de la foudre ;
- Xiuliteuctli chez les Mayas, Héphaïstos/Vulcain dans l’Antiquité = la torche humaine
tous s’enflamment pour le feu ;
- La Pythie de Delphes dans l’Antiquité = Isaac Mendez
tous ont le don de voyance, de précognition ;
- etc, etc !
Mais pourquoi cet intérêt pour des individus aux pouvoirs hors normes ? Citons Saint Wikipedia (celui-ci ne parle qu’anglais, désolée) :
La « philosophie » autour des superhéros fut essentiellement formulée par le célèbre sage grec Aristote : les hommes possédant des vertus et une maîtrise de soi hors du commun transcendent nécessairement le cadre bureaucratico-administratif de l’humanité.
« Il existe des hommes », écrivit Aristote, « si semblables aux dieux, si exceptionnels et si beaux qu’ils transcendent naturellement, par leurs dons extraordinaires, tout jugement moral et tout contrôle constitutionnel : ‘Il n’y a pas de loi qui puisse concerner des hommes de ce calibre : ils sont la loi-même. »(Hughes-Hallett, Lucy. Heroes. Alfred A. Knopf, 2004.)
Conclusion
Tous ces gars sont représentatifs de l’imaginaire et des fantasmes humains qui, par nature, n’apprécient pas les règles, mais en crééent (ou en découvrent) sans cesse… Ainsi, nous, cloués au sol par la gravitation, nous parlons d’individus volants ; nous, prisonniers du présent, nous rêvons de prophéties ; nous, faibles et frêles mortels, nous désirons être immortels ou ultra puissants ; nous, pacifiques moutons, nous émeuvons à propos de serial killers tout-puissants… Seuls ceux qui sortent de la norme retiennent l’attention et l’émerveillement des quidams insignifiants que nous sommes.
Heureusement pour nous, ces divinités et ces superhéros n’existent pas et ne peuvent exister ! Certaines études scientifiques furent publiées sur le sujet. Sirtin en parla il y a quelques temps. Evoquons également ce site personnel, recensant diverses réponses scientifiques à la superhéros-mania.
Bref, comme dirait le vieux pote Secoue-poire, « They are the children of an idle brain / Begot of nothing but vain fantasy, / Which is as thin of substance as the air / And more inconstant than the wind. » : ce sont les enfants d’un esprit oisif, nés de rien si ce n’est la vaine fantaisie, qui a aussi peu de substance que l’air, et qui est plus inconstante que le vent… Retour à la réalité donc, n’essayons plus de faire pareil que Superman ou Catwoman -c’est trop dangereux- et contentons-nous de lire les comics !





christian 41
chère meya
j’ai bien aimé ce parallèle entre héros antiques et héros américains pour la plupart, imaginés pendant l’entre 2 guerres et pendant la guerre froide.
Curieux que des auteurs arrivants dans un pays neuf cherchent à créer une nouvelle mythologie.
Sinon je serai intéressé de savoir si ces héros ont aussi des équivalents dans les mythologies extraoccidentales.
Dernièrement lors de visites dans des temples tamouls, j’ai trouvé que toutes ces figurines peintes avaient aussi un coté kitsch très « héros de BD américaines « ……
Mardi 18 décembre 2007 à 22 h 49 min
Sirtin> article
[...] exploitent à en racler les fonds. Cependant, comme l’explique bien Meya dans son article « Saints ou super-héros » , la notion même de héros n’est pas récente. Au contraire, elle remonte très loin dans le [...]
Mercredi 19 décembre 2007 à 1 h 53 min
jc durbant
« Curieux que des auteurs arrivants dans un pays neuf cherchent à créer une nouvelle mythologie » …
Et intéressant aussi comment les derniers venus (notamment les juifs) s’y intègrent en en renouvelant les formes …
http://jcdurbant.blog.lemonde.fr/2008/01/04/exposition-comment-les-juifs-ont-invente-superman-outamericaning-the-americans-looking-back-on-superman%e2%80%99s-jewish-creators/
Dimanche 27 janvier 2008 à 17 h 43 min
meya
> Christian 41 : J’essaierai de faire un article sur le parallèle héros&divinités en Asie et en Amérique prochainement, promis ! Je suis d’ailleurs en train de collecter par ci par là des infos sur le sujet…
> JC Durbant : J’ai également vu cette exposition, fort intéressante en effet ! C’est en partie cette visite qui a suscité la réflexion ci-dessus. Une critique cependant pour l’étroitesse des locaux d’exposition et le peu de traductions des planches présentées : l’argot américain n’est pas forcément compréhensible!
Jeudi 14 février 2008 à 15 h 31 min