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Date { Mardi 7 février 2012 }
Inventaire { La photo + Les anecdotes }
Mots-clés{ + + }

D’incidents anodins peuvent parfois naître de grandes idées. Ce fut le cas pour les délicieuses bêtises de Cambrai, pour la tarte tatin et aussi pour le photographe québécois Ulric Collette qui vaquait tranquillement à ses occupations de photographe avant de concevoir ce projet génial. Comme beaucoup d’entre nous, il faisait une série de photos de son fils dans le style « un portrait par jour ». Or donc, vers 2008, il vaquait tranquillement à ses occupations, manipulant lesdites photos, essayant de voir à quoi ressemblerait son fiston plus âgé. Hop, une photo de lui-même ; hop, on colle les deux photos ensemble, joignant les deux bouches, les deux nez, les deux fronts…

PERE/FILS – Ulric, 32 ans et Nathan, 6 ans

…Et voilà, le projet des Portraits génétiques était né ! Car le résultat de l’association des deux visages était percutante tout en montrant à quel point les uns et les autres se ressemblent. Peu importe l’âge, peu importe le genre, peu importe le degré de parenté : tout le monde est mélangé, rassemblé, réuni avec une autre moitié ! C’est parfois étrange et drôle comme quand il associe son visage à celui de sa cousine Justine (ci dessous). Mais la plupart du temps, ces visages doubles paraissent tout à fait normaux (en passant outre les demi-barbes !) et il faut s’y reprendre à deux fois avant de réaliser que ces visages ne sont pas réels…

COUSINS – Ulric, 29 ans et Justine, 29 ans

Vous voulez jeter un oeil à toute la série ? C’est par là, chez Ulric Collette !


Date { Mercredi 1 février 2012 }
Inventaire { La ville }
Mots-clés{ }

Cet été, je suis allée dans les Pyrénées pour trouver un peu de fraîcheur, loin de la Provence où j’habite. Et je suis plutôt bien tombée : un petit vent frais, beaucoup d’ombrage et de petites bourgades calmes, à l’architecture intéressante. Une d’entre elles m’a intriguée : la cité médiévale de Mirepoix, toute mignonne et toute quadrillée.

Car si on regarde l’histoire de l’urbanisme tel qu’il est enseigné à la plupart d’entre nous, on a grosso modo plusieurs strates urbaines correspondant à différentes politiques de la ville :

  • Avant l’époque romaine, des maisons agglomérées les unes auprès des autres ;
  • A l’époque romaine, de grandes lignes droites pour les avenues principales, et des rues annexes parfois plus sinueuses ;
  • Au Moyen-Âge, l’église et/ou le château dominent les communautés, qui s’agglomèrent autour de ces deux grands bâtiments tout en suivant le relief ;
  • Par la suite, une réglementation de l’urbanisme se développe petit à petit, définissant une largeur des rues, une linéarité de façade, etc.
  • Mais l’urbanisme en tant que tel ne se développe vraiment qu’avec l’arrivée de la voiture qui a besoin de grandes voies à angles droits et du développement des industries.

Cette « histoire » synthétique condense simplement ce qui nous est généralement dit en cours d’histoire-géo, quand on aborde un tant soit peu la question de l’urbanisme. Mais la réalité est bien plus complexe…
Oui, bien plus complexe car la cité de Mirepoix, dont je parlais plus tôt, est une bourgade construite sur un plan carré, avec de grandes lignes droites et des îlots d’habitation de taille et forme identique. Cette bourgade, telle qu’elle existe aujourd’hui, a été construite en l’an 1289, suite à une crue de la rivière voisine qui détruisit l’ancienne cité.

Vue de Mirepoix, par BastienM (Wikimedia)

Et l’an 1289, c’est à l’époque médiévale que je sache ! Il était donc temps de se renseigner plus avant sur les origines de cet urbanisme géométrique développé bien avant son temps (d’après ce qu’on m’avait enseigné en tout cas!)…

De mes recherches, voici ce que j’ai glané. Le XIIIème siècle était une période faste au niveau démographique et économique, grâce à une période de paix relative qui dura 150 ans. De fait, développer une politique d’aménagement de territoire a été ressenti comme un besoin par certains seigneurs, autant laïcs (châtelains, comtes voire même les rois de France et d’Angleterre) que religieux (abbés, évêques…). Ceci devait leur permettre de mettre en valeur des terres agricoles peu exploitées, de développer foires, marchés et échanges économiques, tout en organisant la vie sociale. De là, la naissance de plusieurs centaines de bastides régies par un plan régulier.

La structure de la bastide part d’un principe simple issu du monde gréco-romain : quadriller l’espace choisi pour composer un assemblage de parcelles d’habitation souvent identiques autour d’une grand-place permettant d’accueillir une foire ou un marché. De cette manière, aucune perte d’espace et une circulation facilitée car tout cet assemblage est divisé par un réseau de longues rues se coupant à angle droit ; les principales voies, appelées rues charretières, aboutissent toutes au centre de la ville. Ainsi, les déplacements et les échanges marchands sont facilités, les habitants peuvent se rassembler en un point précis pour tout événement de la vie communautaire. Toute cette structure n’est cependant pas rigide : elle s’adapte à la topographie du lieu choisi et n’est pas toujours coupée des habitations plus anciennes (comme c’est le cas à Mirepoix) ; la bourgade peut ainsi se développer sur un côté d’une cité plus ancienne, ou le long d’une falaise.

Plan de la ville (office de tourisme de Mirepoix, réalisé par J-L Sagot)

A Mirepoix, chaque îlot d’habitation (ou « moulon ») rassemble à son tour un nombre défini de parcelles hébergeant chaque fois une maison ouverte sur la rue et un bout de cour ou de jardin derrière la maison, donc invisible de la rue. Ce quadrillage va même plus loin : la largeur de chaque maison correspond à la portée maximale d’une poutre en bois, soit 8 à 12 mètres. Et la longueur de la parcelle correspond au double ou triple de ladite largeur. Ce jeu de proportions donne une certaine harmonie à la cité, et témoigne des premières applications architecturales d’un idéal d’équilibre développé à la fin du XIIIème siècle.

Et vous savez quoi ? Cette recherche d’harmonie par les proportions, on la retrouvera par la suite dans toutes les grandes demeures jusqu’au XIXème siècle voire aujourd’hui… Ainsi, la grosseur d’une colonne dépendra de sa hauteur, mais aussi de la largeur du monument qu’elle orne ; un hôtel particulier aura souvent un nombre impair de fenêtres pour créer une symétrie ; la hauteur d’un couloir dépendra de sa longueur et de sa largeur… Tout est rythme, tout est proportions, tout est harmonie !

(Oh,et si vous souhaitez en savoir plus sur Mirepoix, la dormeuse blogue pas mal dessus !)


Date { Samedi 14 janvier 2012 }
Inventaire { La vie }
Mots-clés{ }

Aujourd’hui, nous allons parler du gribouillage et de son intérêt dans la vie de tous les jours. Pour ce faire, je vais laisser la parole à quelqu’un d’autre, mais avant cela, je dois vous présenter un peu TED…

TED est une association à but non lucratif qui s’intéressent aux « Idées Dignes d’être Diffusées ». Son histoire avait commencé en 1984, sous la forme d’une conférence rassemblant des individus issus de trois mondes différents : la Technologie, les loisirs et le Design. Depuis, l’éventail s’est enrichi et les intérêts se sont élargis. Maintenant cette association fait plusieurs conférences par an et gère un site de vidéoconférences qui sont pour la plupart sous-titrées. L’intérêt de ces vidéoconférences ? C’est d’arriver à intéresser son public et à lui transmettre une info ou une idée en moins de 20 minutes.

C’est justement dans le cadre d’une conférence TED que Sunni Brown intervient. Elle a publié un livre qui traite de l’augmentation de la productivité par l’art et le jeu. Mais il vaut mieux que je lui tende le micro, elle vous expliquera tout ça mieux que moi et ce, en moins de 6 minutes !…

En conclusion, où que vous soyez, à une conférence, dans un cabinet de gestion de crise ou aux toilettes, n’hésitez pas à gribouiller, c’est bon pour votre mémoire ! (plus que de manger du poisson en tout cas!)


Date { Samedi 7 janvier 2012 }
Inventaire { La photo }
Mots-clés{ + }

Aujourd’hui est un grand jour pour la photographie : son anniversaire « officiel » ! Eh oui, c’était le 7 janvier 1839 que le daguerréotype, ancêtre de la photographie, fut présenté au monde…

Arago annonce la découverte de Daguerre, dans la séance publique de l’Académie des sciences. Illustration de Yan d’Argent, datant du 19 août 1839

En effet, l’un des inventeurs de la photographie, Louis Daguerre, s’était mis en contact avec divers savants reconnus, dont François Arago. Ce dernier était un homme politique et un scientifique célèbre de son époque, allant jusqu’à intégrer l’Académie des Sciences à l’âge de vingt-trois ans. Il avait fait des recherches assez approfondies sur l’optique et l’astronomie, et avait tenté d’inventer un procédé de photographie, sans grand succès. C’est pourquoi il fut vivement intéressé lorsque Louis Daguerre lui fit la démonstration du Daguerréotype, jusqu’à annoncer officiellement cette invention par une communication à l’Académie des sciences le 7 janvier 1839.

« Tout le monde, dit M. Arago, connaît l’appareil d’optique appelé chambre obscure ou chambre noire […] tout le monde après avoir admiré ces images, s’est abandonné au regret qu’elles ne pussent pas être conservées.

Ce regret sera désormais sans objet : M. Daguerre a découvert des écrans particuliers sur lesquels l’image optique laisse une empreinte parfaite ; des écrans où tout ce que l’image renfermait se trouve reproduit jusque dans les plus minutieux détails, avec une exactitude, avec une finesse incroyable. En vérité, il n’y aurait pas d’exagération à dire que l’inventeur a découvert les moyens de fixer les images, si sa méthode conservait les couleurs […].

Extraits du compte-rendu réalisé par François Arago, le 7 janvier 1839

Plus tard, Arago fit en sorte qu’une loi soit votée pour acquérir le nouveau procédé de photographie contre une pension annuelle de 6 000 francs à Daguerre et de 4 000 francs au fils de Nicéphore Niépce, créateur originel de la photographie. Le 19 août 1839, les détails techniques sont présentés devant les Académies des sciences et des Beaux-Arts, et la photographie devint un outil public que tous s’arrachèrent si on en croit certains témoignages de l’époque…

Une heure après, toutes les boutiques étaient prises d’assaut. Mais il n’a pas été possible de rassembler assez d’instruments pour satisfaire la marée des daguerréotypeurs en herbe. Quelques jours plus tard, on pouvait voir sur toutes les places de Paris, face aux églises et aux palais, des chambres noires montées sur leur trépied. Tous les physiciens, chimistes et intellectuels de la capitale polissaient des plaques argentées. Même les épiciers prospères n’ont pas pu se refuser le plaisir de sacrifier un peu de leurs ressources sur l’autel du progrès, en les laissant se volatiliser avec de l’iode et fondre dans les vapeurs de mercure.

Un témoin cité par Helmut Gernsheim dans son Histoire de la Photographie

Date { Jeudi 4 mars 2010 }
Inventaire { La photo + La ville }
Mots-clés{ + }

Marre qu’on élève aux nues les monuments historiques? Marre qu’on vous parle de la respectabilité des siècles? Marre qu’on vous dise qu’avant on faisait de beaux bâtiments? (même si tout ça est un peu vrai)

Alors peut-être que vous apprécierez Robert Smithson, dont j’avais déjà un peu parlé à propos de sa très déjantée Spiral Jetty… On le connaît plus pour ses oeuvres de Land Art monumentales (car très très grandes), mais c’était aussi un photographe et un théoricien de l’art assez sympa qui te sort pas trop de phrases grandiloquentes et absconses comme certains savent si bien le faire. Mais voilà « que ceux qui s’écoutent ne s’attendent pas à être écoutés »1 ; les autres pourront s’y attendre par contre. Je pense que ce mec rentre justement dans le second lot. (ça tombe bien, hein?)

Lui, il s’amuse à voir les édifices industriels super-moches comme des « monuments », de parfaites allégories du monde moderne. Et ça donne de jolies choses comme cette série de photos, le « Tour des monuments de Passaic », qui documente les édifices de sa ville natale. Ca va du tuyau d’écoulement des égouts à un bac à sable en passant par une drague à succion. Il ne les voit pas comme beaux, loin s’en faut (il n’est pas hypocrite, ni myope), mais comme des « ruines à l’envers ».
Je le laisse vous en dire quelques mots:

Ce panorama zéro paraissait contenir des ruines à l’envers, c’est-à-dire toutes les constructions qui finiraient par y être édifiées. C’est le contraire de la « ruine romantique », parce que les édifices ne tombent pas en ruine après qu’ils aient été construits, mais qu’ils s’élèvent en ruines avant même de l’être.
[...]
Comparé à New York qui donne une impression de grande densité, Passaic paraît plein de « trous » ; en un sens, ces trous sont les lacunes monumentales qui évoquent, sans le vouloir, les traces d’un ensemble de futurs à l’abandon.

Pour ce « Tour des monuments de Passaic », il s’est baladé dans cette ville de banlieue en chantier le samedi 30 septembre 1967, en plein été indien, avec son Instamatic. Il a photographié de ci de là ce qui l’interpellait, mais a aussi raconté en détail cette journée dans un article pour Artforum, un des plus importants journaux d’art américains. Tout y est indiqué: l’adresse des édifices, les panneaux publicitaires, le mode d’emploi de sa pellicule photo, ses réflexions parfois tordues mais toujours poétiques, etc.

Un voyage photographique un peu à la Pérec, quoi… Et c’est pourquoi je ne résiste pas à l’envie de vous donner une autre citation, plus longue, de cet article!

Après cela, je retournai à Passaic, à moins que ce ne fut l’au-delà : d’après ce que j’en connaissais, cette banlieue sans imagination aurait bien pu être une éternité sans grâce, une médiocre copie de la Cité des Immortels. Mais qui suis-je donc pour nourrir de pareilles pensées?
Je marchai à travers un parc à voitures recouvrant l’ancienne voie ferrée qui traversait autrefois le centre de Passaic. Ce parking monumental divisait la ville en deux, comme un miroir et son reflet, le miroir ne cessant d’échanger sa place avec le reflet. On ne savait jamais de quel côté du miroir on pouvait bien être.
Il n’y avait rien d’intéressant, ni même de curieux, et pourtant ce momunent plat renvoyait à une espèce de cliché d’infini. Peut-être que les « secrets de l’univers » sont tout aussi prosaïques, pour ne pas dire lugubres.
Tout cet endroit baignait dans une atmosphère insipide, pleine de carrosseries brillantes: elles succédaient les unes aux autres dans cette nébulosité ensoleillée. Indifférents, les arrières de toutes les voitures renvoyaient les rayons d’un soleil d’après-midi fatigué. Je pris mollement quelques clichés entropiques de ce monument lustré.
Si le futur est « désuet » et « démodé », alors j’avais fait une incursion dans le futur. Je m’étais trouvé sur une planète où était tracée la carte de Passaic, une carte imparfaite, à dire vrai. une carte sidérale marquée de « lignes » de la largeur des rues, et de « carrés » et de « blocs » de la dimension des bâtiments. A tous moments, le sol en carton-pâte aurait pu s’ouvrir sous mes pieds.

Ces « ruines à l’envers » ont été revisitées des années plus tard, en 1991, par un autre artiste, Mitchell Rasor. Et c’est assez marrant de voir ce qui est resté ou non. Par exemple, la rivière de Passaic a été détournée, mais la drague qu’avait photographiée Robert Smithson est toujours là, dans les herbes, sans fonction. Si vous êtes anglophones, le document PDF racontant cette promenade dans les pas d’un autre est par là. (mais si vous êtes très gentils, je pourrais vous en traduire quelques passages)

  1. p’tite phrase citée dans les lettres de Virginia Woolf dont je vous causais l’autre jour []
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